Star Wars : Le réveil de la force ; mais pas de son esprit

Star Wars - Le Réveil de la Force : Photo Daisy Ridley, John Boyega

Attention, le texte qui suit contient des spoilers – à ne pas lire si vous n’avez pas encore vu le film.

Star Wars, la trilogie originale comprenant La Guerre des Etoiles, L’Empire Contre-attaque et Le Retour du Jedi, raconte l’histoire d’un homme qui sauve son père (Luke arrache Vador au côté obscur ; et Vador, en tuant l’Empereur, donne in extremis un sens à sa vie), et d’un père qui sauve son fils (en tuant l’Empereur, Vador sauve la vie de son fils). C’est un space opéra plein de vie, aux personnages bondissants et attachants, qui vous évade dans une galaxie lointaine, très lointaine, par la grâce d’une musique prodigieuse et d’effets spéciaux étonnants. Mais autant que cela, et même avant cela, c’est cette histoire très belle, d’un homme et d’un fils qui se sauvent mutuellement. Une histoire qui était finie et n’appelait pas de suite.

Passons pudiquement sur la trilogie suivante (les prequels), fait de films fantômes où les considérations politiques sur une République devenant un Empire (pas inintéressantes en soi, mais filmées sans âme ni passion) occupent le devant de la scène au détriment de personnages qui n’existent pas.

Voici que commence une nouvelle trilogie, se passant toujours dans l’univers de Star Wars, avec de nouveaux personnages, et l’ajout par J.J. Abrams, avec une certaine réussite, d’effets visuels lui étant propres (des dutch angles rendant le cadre parfois légèrement oblique, des effets de lumière, etc). Pour l’essentiel, Star Wars : Le réveil de la force raconte trois récits parallèles : l’histoire de Rey, jeune femme à l’ascendance mystérieuse (l’identité de ses parents sera révélée plus tard) ; l’histoire d’un ancien Stormtrooper devenu résistant (Finn) ; et la dernière aventure de Han Solo, redevenu contrebandier, qui revient lutter contre un nouvel avatar de l’Empire et tente de sauver son fils en l’arrachant au côté obscur.

On peut observer dans ce nouveau film mille hommages aux premiers Star Wars, mille clins d’oeil et redites qui soulignent la déférence excessive que son réalisateur voue à la trilogie originale en l’imaginant peut-être plus belle qu’elle ne l’était réellement. Même les personnages du film sont des « fans » des anciens personnages de Star Wars (Vador, Luke, Han Solo, Leia ; Han et Leia sont d’ailleurs revenus à leur point de départ de contrebandier et de princesse résistante, ce qui contribue à l’impression de voir un « reboot » de Star Wars) et l’aspect référentiel du film ne s’arrête pas là puisque l’on aperçoit également des références à Miyazaki (qui a reconnu le robot du Château dans le ciel ? Par ailleurs, les similitudes entre Rey et la Nausicaä de Miyazaki, et ce jusqu’à la scène d’introduction des deux héroïnes, sont patentes) et au Mézières de Valérian. Le si complaisant Indiana Jones IV avait montré combien il est vain de vouloir faire renaitre les flammes d’un vieux volcan. Ce qui appartient à une époque passée ne peut être transvasé sans dommage jusqu’au présent (car on ne peut remonter le cours du temps), et l’on se serait bien passé de revoir dans ce nouveau Star Wars une Leia méconnaissable, affectée d’un lifting qui l’empêche de sourire, et même de revoir un Han Solo trop vieux pour jouer au contrebandier de l’espace. Quitte à faire du neuf, il fallait aller jusqu’au bout de la logique et, dans l’intérêt du film, éliminer complètement Leia et Han du récit. Leur alchimie était sympathique dans les premiers films mais il était illusoire de penser qu’elle puisse fonctionner de nouveau alors que les deux acteurs et leurs personnages étaient sans doute trop âgés pour reprendre du service (qu’on me pardonne ces réflexions peu élégantes sur l’âge des personnages). Ce qui est neuf (le « neuf » étant tout relatif, bien sûr) dans ce film est ainsi ce qu’il y a de meilleur (la première partie du film, avant l’arrivée de Han Solo, est très bonne), et l’on suit avec plaisir les aventures de Rey (convaincante Daisy Ridley), nonobstant les incohérences de la dernière partie du film. On y voit Kylo Ren, si puissant jusqu’alors, peiner de manière incompréhensible face à deux novices, dont l’un (Finn) n’est même pas apprenti jedi a priori. Mais ce n’est pas la pire incohérence de cette dernière partie.

N’attendant rien de particulier du film (il n’y avait pas d’intérêt autre que commercial à poursuivre cette histoire déjà finie, et je préfère raisonner par réalisateur que par franchise), je n’ai été déçu en rien. Toutefois, je reste confondu par une chose : Star Wars, disais-je, c’est la belle histoire d’un père et d’un fils qui se sauvent mutuellement. Or, que voit-on dans ce Réveil de la Force ? Un fils qui tue son père. Un père qui ne parvient pas à sauver son fils. Qu’y a-t-il de plus triste qu’une histoire pareille et quel intérêt y a-t-il à créer une histoire qui par son esprit révèle une vision de l’univers inverse des premiers films ? Si un fils peut tuer son père, quel « nouvel espoir » peut-il y avoir ? Toute histoire a un esprit. Etre capable d’introduire autant d’hommages et d’emprunts aux vieux Star Wars qui relèvent du détail dans Le Réveil de la Force, et en même temps, avoir une idée de récit (ce fils qui tue son père, Han Solo qui se fait tuer par le fils qu’il a eu avec la princesse Leia) qui prend le contre-pied du récit d’origine de Star Wars, qui sous-tendait cet univers, c’est faire peu de cas de son esprit et de son sens, c’est négliger l’importance de cet esprit du nouvel espoir qui accompagne la naissance de tout enfant (thème universel). C’est noircir le joli portrait de famille qui finissait Le Retour du Jedi en imaginant le pire des avenirs possibles au couple Han Solo – Princesse Leia. On me convaincra difficilement que c’était nécessaire, même si l’énorme succès commercial du film donne à penser que cela ne gêne pas grand monde. A lire les critiques du Réveil de la Force, je suis d’ailleurs bien seul à pointer ce problème de fond, qui participe du sentiment d’un « reboot« , comme une version actualisée du premier Star Wars remise au goût du jour. La question de savoir ce qu’il convient de faire du legs artistique d’un récit, a fortiori celui d’un autre à l’origine, me parait être d’ordre éthique. Mais il semblerait que J.J. Abrams ne s’embarrasse pas outre mesure de ce genre de scrupules.

Strum

Edit : comme je l’ai reconnu ailleurs, ce qui précède porte sur un seul film, et peut-être que les suites données à ce Star Wars VII, dans lesquels on en apprendra certainement davantage sur Rey et Kylo Ren, me conduiront à nuancer mon jugement sur l’esprit de ce nouveau récit.

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13 commentaires pour Star Wars : Le réveil de la force ; mais pas de son esprit

  1. Pascale dit :

    Tu es bien dur pour Carrie Fisher qui n’a même pas encore atteint la soixantaine…
    Ils sont vieux, en tout cas, ils ont vieilli et ils ont gardé leurs convictions, je trouve ça beau.
    Sans doute, je n’en sais rien, es-tu un jeune padawan qui a déjà « tué le père ».

    Comme toi j’ai trouvé les personnages de Finn et Kylo Ren un peu faiblards, mais la grande surprise convaincante vient de cette petite Rey qui en avait lourd à porter sur les épaules avant même que le film sorte.

  2. Strum dit :

    A me relire, ma remarque sur le lifting de « Leia » n’est effectivement pas très élégante et c’est pour cela que je me suis gardé de parler directement de Carrie Fischer. Mais j’ai vraiment eu l’impression d’un visage trop tiré qui ne parvenait plus à sourire. C’est dommage. Une ride, ce n’est pas laid. J’ai gardé beaucoup d’affection pour Harrison Ford, mais je trouve qu’il joue maintenant Han Solo un peu comme le Indy de Indiana Jones IV. Je trouve que J.J. Abrams aurait dû laisser Han et Leia à cet avenir radieux de couple heureux qu’avait imaginé pour eux Lucas et que l’on voulait imaginer pour eux à la fin du Retour du Jedi. Ce que J.J. Abrams a imaginé pour eux (alors qu’il n’a pas inventé les personnages, qui ne sont donc pas les siens) est affreux et, au risque de me répéter, tient pour rien, en le contredisant, le thème si beau et universel du nouvel espoir d’un enfant qui nait porté par les premiers Star Wars.

  3. Strum dit :

    J’oubliais : merci pour ton commentaire ! 🙂

  4. ornelune dit :

    Tu es sévère en effet. Tes résumés concernent deux trilogies (de bons résumés d’ailleurs) et tu fais la comparaison avec un seul film, le 1er d’une série à venir. Abrams prend le contre-pied, il faut bien nous surprendre, et nous verrons plus tard ce qu’il en est de la trahison…

    Si ta remarque sur le robot de Miyasaki est vraie, déjà bravo pour le coup d’oeil, et ensuite bon point pour Abrams que de glisser un clin d’oeil aux studios Ghibli dans un Disney.

  5. Strum dit :

    Bonsoir et merci pour ton commentaire ! J’adore Miyazaki. Son influence sur le film est manifeste et on peut y reconnaître plusieurs plans tirés de Nausicaa et le Château dans le ciel, sans compter le tempérament de Rey. Cela ne m’a pas déplu. Sur le fond, tu as raison de noter que je compare un film et deux trilogies et qu’il serait plus juste d’attendre les prochains films, qui ne manqueront pas de nous révéler de nouvelles choses sur Kylo Ren, pour établir une comparaison plus sereine.

  6. Vincent dit :

    Même si j’ai plutôt pointé les forces du film (je suis sentimental), je suis assez d’accord avec ce que tu écris, et je pense que l’on se rejoint sur nombre de faiblesses d’écriture de la chose. Sur le vieillissement des personnages, je suis moins d’accord ou disons que ça me touche plus. Le problème de Carrie Fisher (qui était celui de Karen Allen dans Indy 4), c’est que leurs rôles ne sont pas développés et leur âge n’est pas exploité. Dommage. Pour ce cher Harrison, moi je l’ai trouvé très bon. Il ne faut pas oublier que le problème de sa mort avait été posé dans « Le retour du Jedi » et avec le recul, je trouve que c’aurait été une bonne idée. Et puis en 1980, on y avait cru un moment à son décès.
    Je pense que dans l’idée d’un film de transmission de génération, c’est cohérent de faire cohabiter les deux types de personnages et j’imagine, j’espère, que ça sera travaillé dans les épisodes à venir. Pour ce qui est de l’esprit, je ne sais pas. La saga, c’est aussi un homme qui ne peut pas sauver sa femme et, de plusieurs façons, l’apprentissage de la perte (Obi Wan et Yoda dans la première série, Qui-Gong dans la seconde), la disparition de la figure du père dont on peut considérer que l’assassinat de Solo (poignant je trouve) par son fils est une nouvelle variation.
    A suivre, donc 🙂
    et bien vu les références à Miyazaki, je me disais bien que ce robot me rappelait quelque chose.

  7. Strum dit :

    Merci Vincent pour ton commentaire. Le thème du fils sauvant son père et vice-versa doit me toucher particulièrement. C’est vrai que la saga a d’autres thèmes, même si celui-là me parait le plus important.

  8. princecranoir dit :

    Habile lecture que cette inversion thématique en effet à l’œuvre dans ce seul segment (qui demande évidemment à être étoffé par la suite). Attention, comme l’écrit Ornelune, il n’est question ici que d’un seul film et puis, si on se replace en 77, « la Guerre des Etoiles » n’est que l’histoire très simple d’un petit blondinet qui se découvre le don de déjouer les plans d’un vil individu vêtu de noir. Pas de quoi se réveiller la nuit non plus. Et on peut se dire que si le « Sorcerer » de Friedkin avait connu un succès immense (rêvons un peu) et que « Star wars » soit passé aux oubliettes des séries B (un genre de « Zardoz » pour kids ou de « Flash Gordon » à peine plus évolué), on n’aurait pas tant glosé sur l’épopée Campbellienne du rejeton Skywalker. Bien sûr, on peut regretter que « le réveil de la Force » ne soit qu’un film « passage », censé nous ouvrir des portes qui nous mènerons encore plus loin dans le mythe. Mais il me semble qu’Abrams, cinéaste déférent par essence (il suffit de jeter un œil à son « Super 8 » pour s’en mettre du lens flare plein les yeux), a parfaitement exécuté la mission, sans doute le réalisateur idéal pour ce « réveil ». Je constate que je ne suis pas seul à avoir croisé des motifs miyazakiens dans le film (pas fait gaffe au robot, mais le cousinage entre Rey et Nausicaa ne m’avait pas échappé). Beau papier en tous cas.

    • Strum dit :

      Bonjour et merci princecranoir. Du point de vue de la réalisation, Abrams s’en sort bien en effet. Et les films prochains nous donneront effectivement une idée plus claire des thèmes de ce nouveau récit, qui a quand même des allures de « reboot » de Star Wars par Disney à l’attention des jeunes générations.

  9. 2flicsamiami dit :

    Ce problème de fond que tu pointes pourrais être un faux débat s’il n’y avait pas tant de déférences envers la trilogie originale et la volonté de coller à son esprit. Mais, comme tu le dis, ce Star Wars VII se pare de mille et un clins d’œil envers les épisodes séminaux (et à fortiori, le tout premier) qui t’empêches de passer sous silence cette divergence. Car, je t’avouerais que ce qui me gêne dans ce parricide, c’est qu’il ouvre des portes beaucoup moins intéressantes pour l’avenir de cette nouvelle trilogie.
    Et concernant la réaction du public face à ce twist, elle somme toute logique à une époque où les jeunes souhaitent secrètement tuer le père (pas physiquement, on s’entend).

  10. Strum dit :

    Re-bonjour et merci pour ton commentaire. Je me demande d’ailleurs ce qu’ils vont faire de Kylo Ren par la suite – il existe déjà des synopsis des films suivants et je présume qu’ils ont pesé le pour et le contre de ce parricide. Pas facile pour Ren de vivre avec un tel geste sur la conscience (car le film nous laisse entendre qu’il a bien une conscience et qu’il reste partagé entre la lumière et le côté obscur) et pas facile pour nous (en tout cas pour moi) de nous intéresser maintenant à un tel personnage.

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