Silence de Martin Scorsese : la voix off écueil de l’intériorité

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Silence (2017) de Martin Scorsese raconte ce cheminement qui va d’une foi doloriste et tournée vers l’extérieur, à une foi moins démonstrative, qui est intériorité, sans autre témoin que Dieu. Mais sur son propre chemin, le film butte sur deux écueils insurmontables : une profusion de voix-off qui prive les images d’intériorité et une littéralité qui finit par ôter au récit son mystère. Adapté d’un roman de Shūsaku Endō, Silence relate le chemin de croix de Rodrigues et Garupe (Andrew Garfield et Adam Driver), deux missionnaires portugais partis au Japon au XVIIè siècle sur les traces du Père Ferreira (Liam Neeson), leur mentor qui aurait apostasié sous la torture. Sur leur route, se dresse l’Inquisiteur Inoue (Issei Ogata, l’inoubliable Ota de Yi Yi) qui somme Rodrigues d’apostasier lui aussi sous peine de voir des japonais convertis souffrir à cause de lui.

C’est un film dont l’austérité ne peut être prise en défaut (quelques rares fonds sonores en guise de musique), ni la sincérité mise en doute (c’est un vieux projet du cinéaste remis plusieurs fois sur le métier), ni encore le soin apporté aux cadrages que l’on admire et qui font parfois penser à Mizoguchi (le bateau dans la brume), plus d’une fois à Kurosawa (le village vu d’en haut, les paysans cadrés en groupe, les samouraïs cadrés frontalement). On voit bien aussi quels liens entretient ce récit avec le reste de l’oeuvre de Scorsese, qui a si souvent mis en scène le conflit existant entre la foi, exigence intérieure, et le chaos du monde, contradiction qui produit ce doute dont souffre ses personnages (aussi nous demande-t-il fréquemment de juger non les actes mais les pensées ou les vélléités). Scorsese, c’est aussi une narration qui a souvent recours à la voix off et si cette dernière peut servir de béquille à certaines narrations romancées et aux points de vue multiples, elle est aussi un écueil à ce graal du cinéma : l’intériorité des images.

C’est précisément un recours persistant à la voix off qui caractérise la narration de Silence et l’on perçoit d’emblée les difficultés que son usage soulève dans cette quête de l’intériorité. Née d’une intention louable (préciser les questionnements douloureux de Rodrigues), elle recouvre les images d’une mince pellicule par sa redondance et son caractère littéral, comme d’un brouillard mental. Elle relève d’un autre régime narratif que les images, un régime narratif concurrent. Pour subir la fascination d’un film qui se veut méditatif comme ici, il faut subir la loi des images : c’est ainsi que l’on entrera en profondeur dans le plan et que l’on vivra le film de l’intérieur. Une voix off trop prodigue fera écran par rapport aux images du film, car elle est une narration linéaire qui court horizontalement à la surface de l’image et non pas à l’intérieur. Ainsi, en voulant nous donner à entendre l’intériorité de Rodrigues par le recours à la voix off, Scorsese nous prive (m’a privé du moins) de l’accès à l’intériorité de l’image, la seule intériorité permettant d’avoir une compassion véritable pour Rodrigues, d’être véritablement émus (et pas seulement occasionnellement touchés), car ce ne sont certes pas les scènes de crucifixion et autres souffrance (mises en scène avec les limites inhérentes à ce genre d’entreprise) qui le peuvent. C’est un comble que cette voix off perpétuelle (ici, même Dieu a sa voix off) dans un film qui s’appelle Silence et qui raconte une quête d’intériorité. C’est une contradiction formelle que le film ne peut résoudre (d’autant plus que ses plans sont d’une durée généralement brève alors que la contemplation recherchée appelait des durées longues), car Silence souffre bien d’un problème de forme et non d’un problème de fond contrairement à ce qu’assurent certains critiques qui omettent de dire que ce film, parce qu’il appelle in fine à l’intériorité d’une foi silencieuse, tourne le dos au fanatisme et à l’arrogance du croyant sûr de son droit. Au cinéma, tout est toujours affaire de forme.

Le plus beau personnage du film, c’est Kichijiro, bouffon, puis Judas qui trahit Rodrigues, mais un Judas qui lui veut aussi du bien, sage dans sa folie même (à l’instar de ces pitres picaresques qui révèlent la vérité chez Kurosawa – on pense au Kikuchiyo des Sept Samouraïs) : lui est privé de voix off et l’on peut dès lors essayer d’imaginer son intériorité. De même, le meilleur du film, ce sont les séquences précédant l’apostasie où la voix off disparait enfin et nous délivre du mot pour nous faire ressentir l’image. Nous pouvons alors enfin méditer, fût-ce brièvement, sur ces destins et ressentir le Silence, le vrai, pas celui de dieu, mais celui de l’image. Hélas, bien vite, une autre voix off revient, proférée par un autre personnage dans un épilogue bien trop long qui à force de vouloir tout raconter (jusqu’à la littéralité du plan final) devient pure illustration sous-titrée. C’est une des malédictions du Hollywood d’aujourd’hui que de vouloir tout raconter. Dommage.

Strum

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26 commentaires pour Silence de Martin Scorsese : la voix off écueil de l’intériorité

  1. 100tinelle dit :

    Je comptais le voir mais tu me décourages beaucoup en mentionnant cette voix off très présente, ce qui a généralement le don de m’exaspérer. En fait, c’est plus que m’exaspérer, ça m’énerve vraiment, car j’ai l’impression qu’on me prend par la main alors que je voulais juste être tranquille et me faire « mon » film (la voix off = parasite ou perturbation de mon attention alors que je voudrais me concentrer sur l’image et la communication non verbale, plus intéressante et signifiante pour moi). Mais parfois ça fonctionne quand même (je pense aux deux premier films de Terrence Malick par exemple). Mais c’est très rare. C’est drôle car je ne suis pas très fan de Scorsese mais je n’avais pas remarqué que sa narration avait souvent recours à la voix off. Dans ce cas, j’ai forcément plus de mal à m’y retrouver.

    • Strum dit :

      La voix off n’est pas forcément rédhibitoire chez moi, tout dépend de son usage, du contexte, du film en question. Ici, j’ai eu l’impression d’une déconnection entre cette voix off (technique souvent utilisée par Scorsese) et le sujet du film (qui appelait à mon avis une mise en scène contemplative et une histoire racontée par les images et pas par la voix off). En tout cas, cela m’a empêché d’entrer dans le film à plusieurs reprises. Pourtant, c’est un film sincère. Peut-être seras-tu plus indulgente que moi… 🙂

      • 100tinelle dit :

        Je doute vraiment d’être plus indulgente que toi sur ce coup-là Strum, c’est presque toujours rédhibitoire chez moi la voix-off, je n’en peux rien, ça m’agace. La BA ne me motivait déjà pas beaucoup à la base, alors maintenant…

  2. Ronnie dit :

    Kichijiro 4 fois à terre, 5 fois debout., je plussoie.
    Tout pareil concernant la voix off …. 😉

  3. Strum dit :

    Voilà, Kichijiro m’a plu pour cela et il n’a pas de voix off, lui ! 😉

  4. modrone dit :

    Bien sûr je vais le voir (j’avais quand même zappé Le loup de Wall Street) mais ce que tu dis de l’épilogue et du trop plein explicatif et interminable m’embête. Ce malgré les ombres de Mizo et Kuro (ça c’est au contraire pour faire court).

  5. princecranoir dit :

    Ce Silence ne t’as pas parlé si j’ai bien compris. Ou plus exactement, il en a trop dit 😉
    Je comprends cette déception car de toute évidence, « Silence » n’est pas le film que tu attendais (cela tient peut-être aussi à l’idée qu’on se fait d’un film aussi attendu en général). Tu évoques par exemple l’intention d’un film qui aspire à la méditation alors que, dans sa forme même, il n’y prétend à aucun moment, comme aucun autre film de Scorsese d’ailleurs. Si la voix-off peut se montrer aussi envahissante, elle l’est pourtant moins que chez Malick qui paradoxalement invite à la méditation. Toute l’œuvre de Scorsese est basée sur la monstration (le faste de « Casino » ou du « loup de Wall Street »), particulièrement ses films qui traitent directement de la chose religieuse (« Kundun », « la dernière tentation »). Peut-être un héritage de son passé de documentariste. Dans cette foi toute en ostentation au service d’un cheminement vers le repli intime (l’enfermement mortifère), il m’évoque étrangement « Shutter Island », autre récit de mystification. Bien sûr, il a voulu « Silence » plus en retenue, moins amène, sans pour autant être complètement détachable du reste de sa filmo. Le cinéma, ce sont d’abord des images qui racontent.

    • Strum dit :

      A vrai dire, je n’attendais rien en particulier de Silence, j’y allais curieux et sans avis préconçu. Scorsese, même s’il a fait de beaux films dans un passé maintenant lointain, ne fait pas parti de mes réalisateurs favoris et je n’avais rien lu sur le film avant de le voir. Effectivement, comme tu le dis, la mise en scène de Scorsese n’est pas méditative par son style et ses images sont généralement matérialistes. Mais ici, le mouvement même du film, qui allait d’une foi extériorisée à une foi intérieure et « silencieuse » (un thème intéressant), appelait à mon avis un ajustement dans l’utilisation que fait habituellement Scorsese de la voix off, un outil narratif habituel pour lui. Ici, il a ajusté sa mise en scène mais pas l’utilisation de la voix off. Et force m’a été de constaté qu’à chaque fois que la voix off se faisait entendre, j’étais rejeté hors du film. De plus, la voix off est ici différente de celle des films de Malick. Chez ce dernier, la voix off est un contre-point de l’image, une autre voix. Dans Silence, au contraire, la voix off redouble l’image, elle dit ce que l’image a déjà montré et vice-versa, et elle est donc souvent superflue ; c’est ce côté littéral et réitératif qui m’a gêné. Même chose pour le dernier plan (un travelling d’un goût douteux, comme si Scorsese se lâchait soudain après l’austérité de son film) qui montre littéralement ce qu’on avait déjà deviné. Pour le reste, si tu aimes particulièrement Scorsese, je comprends fort bien que tu aies aimé ce film « scorsesien ». 🙂

  6. princecranoir dit :

    Je me laisse en effet très facilement emporter par la passion Scorsesienne, que ses origines italo-américaines (pas si éloignées d’ailleurs de l’imagerie religieuse baroque d’un latino-américain comme Inarritu) amènent vers une certaine exubérance de l’image (la quête du grandiose). Dans ce que tu appelles une « mise à niveau », j’y vois surtout un ralentissement du rythme habituel de ses films dont la fulgurance du montage (merci madame Schoonmaker) se cale sur son débit de parole. Scorsese est un verbeux effectivement, il suffit de l’entendre s’exprimer sur le sujet. Ce que tu dis de Malick est juste, et pour le coup, aurait parfois tendance (« tree of life », « la ligne rouge ») à produire sur moi l’effet d’exclusion que t’as fait « Silence ». Pour ajouter une perche sur l’emploi de la voix-off, je t’invite à voir comment Larrain l’utilise dans « Neruda », astucieux mélange de commentaires, de paroles et de pensées qui s’opposent ou se superposent aux images. Pour ma part, je prends « Silence » en tant qu’œuvre Scorsesienne (aurait-on reproché à Ford de ne pas faire du Howard Hawks ?), et suis sensible à son approche intime et personnelle de la foi, à ce qu’il fait de la matière littéraire et historique source, y compris jusqu’à ce dernier élan/travelling que j’ai personnellement trouvé touchant et hautement symbolique.

  7. Strum dit :

    J’ai vu Neruda et j’en parlerai prochainement – bonne utilisation de la voix off dans ce film en effet. Je ne nie pas la dimension personnelle des films de Scorsese, mais je suis moins sensible que toi au style scorsesien y compris à ce côté « verbeux » ou volubile. Pour aimer un film, j’ai besoin de « ressentir » les images, et cela n’a pas été suffisamment le cas ici.

  8. Beruthiel dit :

    Il me semble que la voix que l’on pourrait prendre pour celle de Dieu est en fait celle de Garupe. J’ai plutôt apprécié le film mais je suis restée un peu en dehors. Je n’avais pas mis cela sur le compte des voix off, qui ne m’ont pas dérangée sur le coup, mais cela a peut-être joué. D’accord avec vous sur le personnage de Kichijiro !

  9. Strum dit :

    Bonsoir Beruthiel, non car la voix de ‘Dieu’ est celle de Ciaran Hinds, pas celle de Garupe donc puisqu’il est joué par Adam Driver.

  10. J.R dit :

    Je n’ai pas vu Silence, et pense ne jamais le voir, même si j’hésite encore à franchir le kilomètre qui me sépare du cinéma… comme pour La La Land, mais pour d’autres raisons. Un spectateur, en allant pas voir un film donne un avis, ne serait-ce qu’un préjugé. Le film de Damien Chazelle me semble trop sucré, alors que je suis plutôt salé… Avec Silence, c’est le casting qui me rebute, j’ai du mal à croire qu’Andrew Garfield est autre chose qu’un jeune californien du XXIe siècle, Neeson, on le connaît, il force trop son charisme pour en avoir, quant à Adam Driver, il m’a offert un tel fou rire la première ou j’ai vu son visage, dans la dernière compilation de Star Wars – ou l’avant dernière, car je crois avoir compris qu’il était sorti un hors série – qu’il a perdu tout crédit à mes yeux. Mes propos ne valent rien, bien sûr, et heureusement, mais pourquoi allons-nous voir certains films et pas d’autres… Je ne sais plus quel journaliste avait dit par provocation : « j’ai toujours écrit mes critiques avant d’aller voir les films ».

    • Strum dit :

      Et il n’est pas le premier journaliste à se flatter d’avoir des préjugés… Sinon, la vie est trop courte pour voir des films dont on sait d’avance qu’ils ne nous plairont pas et il ne faut pas se forcer effectivement. Je fais la même chose avec d’autres films. Quant à La La Land et Silence, le premier est réussi dans son genre, et mes réserves concernant le second ne tiennent pas aux acteurs (si Andrew Garfield ne me parait pas avoir l’envergure du rôle, je n’ai pas de reproches à formuler envers Neeson (il a la gravité nécessaire) et Driver (il a un visage tourmenté qui parait sorti d’une peinture de Le Greco).

  11. J.R. dit :

    « Driver (il a un visage tourmenté qui parait sorti d’une peinture de Le Greco) »
    Tout à fait, son visage sied bien mieux à ce rôle visiblement, qu’à celui du pseudo Darth Vader.
    Je pense que j’ai juste décroché du cinéma contemporain, que j’aime à nourrir ma mauvaise foi…
    Ceci étant dit, j’ai tenté d’aller voir Silence, mais lorsque j’ai vu la durée de 2h41 je suis resté au chaud… J’ai l’impression aujourd’hui que même les films « intelligents » sont des produits un peu trop formaté, pour un public ciblé. Je me souviens il y a 2 ans des propos dithyrambiques sur Mad Max Fury Road, totalement retombé dans l’oubli à court terme. En ce qui me concerne les films de Xavier Dolan sont totalement indigestes, pourtant ils reçoivent énormément d’éloges – je lui offrirai plus volontiers une boîte de neuroleptiques qu’un prix quelconque… Curieux de savoir comment le temps va travailler nos opinions dans 50 ans… Je me souviens d’une lettre écrite par Man Ray à une amie, où il disait avoir vu un navet au cinéma, ce navet c’était La Mort aux Trousses. Au début des années 90, des critiques de Positif classaient Les Deux Cavaliers dans leur liste des meilleurs films de tous les temps, c’est aujourd’hui un film mal aimé (ou incompris)… Les exemples sont légions comme chacun sait, et c’est un débat sans fin.

    • Strum dit :

      Débat sans fin en effet. Du reste, fais la même chose : je trie moi aussi et par exemple, je n’ai jamais vu de films de Xavier Dolan (je me méfie, à tort ou à raison). Je pense sinon que le cinéma contemporain réserve encore de très beaux films, mais pas forcément nord-américains même si là encore le vivier reste riche : on n’a jamais eu accès comme aujourd’hui à autant de films de cinématographiques différentes (Asie, Europe de l’Est, Amérique du Sud, etc.)

      J’adore Ford, mais formellement, Les Deux Cavaliers, film intéressant d’un point de vue thématique, ne fait pas partie de ses meilleurs.

      • J.R dit :

        Sans vouloir indéfiniment rebondir sur notre discussion (ce que je fais, sans doute) votre conclusion confirme mon propos… Je ne défendais pas Les Deux Cavaliers mais je m’interrogeais sur le regard que la critique posait sur ce film. Il est d’ailleurs étrange que vous précisiez que le film est intéressant du point de vue thématique et non formel, car ses défenseurs vous dirons que la thématiques est d’abord formelle, que le film ne traite pas vraiment de son sujet… qu’importe! Sinon en effet il existe d’autres cinématographies auxquels je suis trop indifférent, et lorsque je parlais de « produits » je parlais d’abord du cinéma occidental, pour faire trop simple.. Mais en ce qui me concerne j’ai trop peu d’affinité avec le cinéma disons « exotique » au sens noble du terme. Je vais m’améliorer. Pour revenir à Silence, je n’ai toujours pas vu le film, mais à lire le sujet, j’ai du mal avec l’idée que l’apostasie puisse sauver l’essence d’une religion plutôt que sa forme. C’est comme avec Les Deux Cavaliers, jusqu’où les deux peuvent être dissociés le fond et la forme – à moins de faire de la forme, le fond du sujet – je n’irai pas chercher la réponse chez Scorsese… Pardon pour mes messages invasifs.

        • Strum dit :

          Disons que Les Deux Cavaliers est intéressant du point de vue de l’évolution des idées de Ford, en tant que film mis en perspective avec les autres. Alors que le sujet a des points communs avec celui de La Prisonnière du désert (dans les deux films, il y a des enfants enlevés par des indiens qui sont libérés ensuite), Les Deux Cavaliers possède une chute bien plus pessimiste et désabusée. Ce qu’une certaine critique fordienne aimait bien dans ce film, c’est son côté soit-disant nonchalant, la conversation entre Widmark et Stewart au bord de la rivière, etc.. Mais à mon avis, c’est précisément cette forme relâchée qui rend le film, par moment certes, parfois indigne du talent de Ford. Je me souviens de certains plans un peu bâclés et mal éclairés, alors que si Ford est un génie du cinéma c’est d’abord par la beauté de ses plans. Il me semble d’ailleurs que Ford lui-même n’aimait pas ce film qu’il estimait avoir baclé – de mémoire, Ward Bond était mort pendant le tournage et Ford en avait été très affecté et abattu, se désintéressant du tournage et traversant une de ces périodes où l’alcoolisme prenait le meilleur sur lui.

          Pour revenir à Silence, en fait il n’y a pas de réelle apostasie dans le film, mais je ne veux pas trop en dire au cas où vous le verriez.

          Et pour finir, vos messages ne sont en rien invasifs, au contraire la section commentaire est faite pour cela !

          • J.R dit :

             » Il me semble d’ailleurs que Ford lui-même n’aimait pas ce film qu’il estimait avoir baclé – de mémoire, Ward Bond était mort pendant le tournage et Ford en avait été très affecté et abattu, se désintéressant du tournage et traversant une de ces périodes où l’alcoolisme prenait le meilleur sur lui »… Selon Harry Carey Jr., il était heureux comme un enfant sur le tournage – cf son livre Company of Heroes. Le problème des témoignages, c’est qu’il en existe toujours un, pour dire le contraire le l’autre – si j’en crois les témoignages, les extra-terrestres sont à la tête de Washington, et à bien y réfléchir c’est pas si improbable, cela expliquerait bien la couleur improbable des cheveux de Donald Trump (un mystère, à lui tout seul, plus impénétrable que l’existence des fées). Concernant les avis de Ford – on connaît son côté W.C. Field lors de ses interviews – au sujet de ses propres films, je rappelle qu’il plaçait Dieu est Mort au sommet, pourtant le film n’est jamais défendu, on l’accuse volontiers de mauvaise foi… ce qui est totalement subjectif. J’aime bien Dieu est Mort, du coup plutôt que de tenter d’aller voir Silence pour a la énième fois, je vais le revoir ; )… Le cinéma c’est comme avec la philosophie, les anciens ont déjà tout traité.

            • Strum dit :

              Le témoignage de Harry Carey Jr. me laisse songeur car Ford s’est conduit de manière tyrannique sur le tournage des Deux cavaliers. Il cassa d’ailleurs trois côtes à Carey lors d’un incident de tournage… Ford sur le film : »la pire merde que j’ai tournée en vingt ans ». La citation est corroborée dans plusieurs livres sur le cinéaste car il l’a répété. Je sais bien qu’il ne faut pas toujours prendre au sérieux le cinéaste quand il parle mais quand même. 🙂 Je cite aussi Joseph McBride à propos de l’impact de la mort de Ward Bond (page 832 de l’édition française de A la recherche de John Ford) : « Affligé par la mort de son ami, Ford mit rapidement fin au tournage en extérieurs des Deux Cavaliers et rentra à Los Angeles pour terminer le film au ranch Columbia en novembre. Profondément déprimé, il but sans discontinuer pendant trois semaines à bord de l’Araser et dût être hospitalisé à Honolulu ». Surtout (car évidemment les arguments extérieurs ou de contextualisation ne sont pas probants à eux seuls), il y a le film lui-même qui d’un point de vue formel est pour moi indigne du cinéaste. Il faudrait d’ailleurs que je chronique davantage de Ford sur ce blog.

  12. J.R dit :

    Je faisais surtout du mauvais esprit – vous l’aurez compris – sans doute inspiré par la chronique sur Rashomon… Cela dit je crois peu à l’objectivité en matière de critique cinématographique, sans sombrer dans le relativisme absolue (on sera sans doute d’accord au sujet de Police Academy… c’est un chef-d’oeuvre! :)) c’est pourquoi d’ailleurs je préfère lire les critiques de cinéma plutôt que les articles de La Recherche. Bon initiative de vouloir chroniquer plus de Ford – j’ai récemment redécouvert Marie Stuart dans une copie digne de ce nom, et vu pour la première fois Arrowsmith, deux œuvres mineurs, s’il fallait absolument les comparer aux chef-d’œuvres canoniques, mais plus qu’intéressantes… passionnantes (la thématique du second est surprenante pour l’époque, et parfaitement traitée). Et bonne route à ce blog, dont les articles sont toujours bien troussés… pour parler un langage très désuet.

    • Strum dit :

      Oui, l’objectivité véritable n’existe pas bien sûr a fortiori dans une critique de cinéma. Cela dit, je crois encore à l’importance des faits (c’est important à l’époque de Trump – un Alien ? Vous êtes méchants pour les extraterrestres) et des arguments qui permettent de défendre des positions. Cela fait des lustres que je veux voir Arrowsmith (comment l’avez-vous vu ?). J’ai vu Dieu est mort et j’ai eu du mal même si c’est Ford. Et merci pour le blog, c’est sympa.

  13. J.R dit :

    « Comment l’avez-vous vu ? »
    Aïe! Le dvd espagnol (sans ST français, pour les éventuels intéressés)… j’ai honte car la copie est très médiocre, voire pire au début… En revanche, la copie du dvd Espagnol de Pilgrimage est très correcte – film superbe.
    Pour Dieu est Mort, je comprends toutes les réserves, je voulais juste faire savoir que s’il reniait Les Deux Cavaliers il disait beaucoup de bien de celui-ci…

    • Strum dit :

      Merci, j’attendrai une meilleure édition. Compris pour Dieu est mort. Le film n’est pas bon, mais au moins on reconnait la patte de Ford d’un point de vue formel.

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