Le Veuf de Dino Risi : Sordi qui rit, Sordi qui pleure

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Alberto Sordi, et surtout Dino Risi, ne donnent pas tout à fait leur pleine mesure dans Le Veuf (1959), deuxième de leurs sept collaborations. On peut trouver le film un peu bavard, un peu décevant (du moins par rapport à la réputation flatteuse que certains critiques lui ont faite), laissant le champ libre à l’extraordinaire bagout romain d’Alberto Sordi, qui parle, parle ici à n’en plus finir, sans que Risi parvienne toujours par son découpage à arrêter la logorrhée verbale du phénomène. Dans ce registre de la farce, Monicelli était sans doute mieux armé par son style plus sec pour brider Sordi et privilégier la vivacité du récit et Le Veuf n’est ni aussi drôle qu’Un héros de notre temps (1955) ni aussi marquant que La Grande guerre (1959). Risi était plus à l’aise dans le versant de la comédie à l’italienne relevant du tragi-comique où sa mélancolie et sa sensibilité pouvaient mieux s’exprimer. Peut-être aussi que Rodolfo Sonego, le scénariste attitré de Sordi, est moins inspiré que de coutume, et l’on peut d’ailleurs distinguer dans Le Veuf deux parties nettement distinctes, la première qui fait le portrait du Commendatore Alberto Nardi (Alberto Sordi), la seconde moins réussie où il essaie d’assassiner sa femme.

Cependant, il ne s’agit pas de faire la fine bouche devant cette bonne comédie à l’italienne qui défriche avec quelques autres le territoire du genre. Avec un pareil duo de réalisateur-acteur, le film contient son lot de scènes mémorables au centre desquelles trône à chaque fois Nardi, chevalier d’industrie qui possède en part égale la vanité la plus extravagante, la bétise la plus invraisemblable et l’immoralité la plus basse. Tel un personnage de Commedia dell’arte, il se pavane de scènes en scènes, comme s’il était au théâtre, ne doutant de rien, trompant aussi bien ses créanciers que les salariés de son usine d’ascenseurs (qui n’a vendu qu’un seul produit… tombé en panne), lesquels n’ont pas été payés depuis des mois. Ce personnage affreux, que le talent de Sordi rend drôle, a fait un mariage d’argent avec la richissime Elvira (Franca Valeri). Celle-ci doit maintenant se défendre face à ce mari dont la vanité menace sa fortune. Nardi est en effet persuadé d’être un industriel génial mais incompris qui ferait fortune si sa femme le laissait investir ses capitaux à sa guise. Il va sans dire que l’inverse est vrai et que dès qu’il lève le petit doigt, dès qu’il signe le moindre papier, il se fourvoie dans une entreprise hasardeuse. Ce qui ne l’empêche pas de penser qu’une conjuration d’imbéciles complote contre lui. Par ce portrait d’un cavaliere hableur et incompétent, raciste par dessus le marché, et capable de dilapider des milliards en un instant, Risi donne l’image d’une industrie italienne où des imposteurs peuvent mener le pays à la ruine.

C’est en son milieu que se situe le meilleur du film lorsque Nardi croit sa femme morte à la suite d’un accident de train. Il s’imagine alors hériter de sa fortune et se montre incapable de pleurer lors de la soirée mortuaire ; au contraire, il rayonne tant sa joie est grande. Le retour inopinée d’Elvira donne lieu à une scène très réussie où Risi la filme comme une morte-vivante sortant de l’ombre au fond du plan, le visage plastique de Sordi passant alors en un instant de l’extase au désespoir, tandis qu’une musique de film fantastique retentit. La scène qui suit, où un ami fête le retour d’Elvira, voit le même Sordi en pleurs, incapable cette fois de réprimer la tristesse qui l’a envahi. Sordi qui rit, Sordi qui pleure, Sordi qui fait rire ; il est inénarrable dans ces séquences. Franca Valeri, qui jouait déjà aux côtés de Sordi dans Un héros de notre temps est parfaite en femme indestructible au fait des agissements peu scrupuleux de son escroc de mari.

Strum

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9 commentaires pour Le Veuf de Dino Risi : Sordi qui rit, Sordi qui pleure

  1. roijoyeux dit :

    De Dino Risi je connais juste « Parfum de femme » avec Vittorio Gasman, très beau et émouvant film

  2. modrone dit :

    Une vie difficile est un chef d’oeuvre, c’est vrai. Mais Le veuf m’avait bien plu aussi. C’est quand même un fameux attelage que Risi et Sordi.

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