Green Snake de Tsui Hark : féérie kitsch d’un conte chinois

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Un moine bouddhiste aux immenses pouvoirs, des personnages qui volent dans un ciel couleur pastel, des images féériques et comme recouvertes d’un voile, un récit léger aux accents comiques qui se mue soudain en mélodrame, une morale qui émerge peu à peu du récit : Green Snake (1993) est bien un wu xia pian de Tsui Hark, un film de sabre hongkongais fantastique et poétique, bien que plusieurs genres s’y trouvent en vérité mélangés.

Le film est tiré d’une antique légende chinoise, la Légende du serpent blanc, dont la première version écrite daterait de la dynastie des Ming (1638-1644). C’est l’histoire de Bai Chou (Joey Wong), un serpent blanc doué d’esprit qui acquiert suffisamment de sagesse et de pouvoirs après un entrainement de mille ans pour devenir humaine. Tombée amoureuse d’un érudit, elle lui cache sa véritable nature par force sortilèges et devient sa femme, attendant bientôt un enfant. Fa Hai, un moine bouddhiste trop zélé s’oppose à l’union d’un humain et d’un « monstre« . Elle tente de le convaincre de la pureté de son amour aidée de sa soeur Xiao Qing (Maggie Cheung), un jeune serpent vert. Que le lecteur néophyte qui écarquille les yeux sache que tout ce que je pourrai écrire ne le préparera qu’imparfaitement au cinéma kitsch et inventif, poétique et émouvant, que proposait souvent Tsui Hark dans les années 1980 et 1990.

Au sein de sa longue filmographie, Green Snake se situe, par le ton et l’imagerie, à mi-chemin des combats aériens (ici, à peine esquissés) de Zu, les guerriers de la montagne magique (1983) et de l’histoire d’amour tragique de The Lovers (1994). Tsui y aborde un thème qui lui est familier : la confrontation entre les principes de personnages chevaleresques et les tentations et complications du monde. Dans l’échelle des valeurs du moine Fa Hai (Chiu Man-Cheuk que l’on retrouvera dans The Blade du même Tsui) l’animal se situe en bas et l’homme en haut (voir au début du film ces hommes arborant métaphoriquement des groins de cochon). Fa Hai ne peut concevoir que des « animaux » s’élèvent plus haut que certains humains grâce à la pureté de leur esprit. Il applique sans discernement des préceptes qui conduiront à la catastrophe finale. Le « paradis bouddhique » intransigeant qu’il recherche, privé d’yeux pour voir, d’oreilles pour entendre, et de coeur pour ressentir, le condamne à considérer comme impur l’amour que se portent l’homme et la femme-serpent. Or, ce sont eux les purs dans ce récit où ils sont prêts à se sacrifier l’un pour l’autre.

D’aucuns reprocheront sans doute à l’ensemble un kitsch suranné. Ce kitsch est indéniable mais c’est précisément lui qui contribue au charme du film. Le caractère artisanal de ses effets spéciaux naïfs qui se contentent d’une queue de serpent en silicone ou en carton jette sur la surface des images la poussière de poésie d’un conte conscient de sa nature et de ses enjeux. Cette poétique de l’éphémère où l’esprit du conte importe davantage que les apparences nous déprend, en raison de sa fragilité même, de cette norme appliquée par la plupart des films fantastiques d’aujourd’hui où la perfection mimétique des effets numériques est confondue avec l’esprit de faërie. Joey Wong et Maggie Cheung sont très belles et apportent au récit par leur sourire aguicheur et leur tenue légère un parfum d’érotisme qui n’est pas déplaisant.

Strum

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10 commentaires pour Green Snake de Tsui Hark : féérie kitsch d’un conte chinois

  1. roijoyeux dit :

    intéressant, tu as vu ce film en DVD ?

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  2. princecranoir dit :

    Tu m’intrigues avec ton serpent ! Poésie kitsch, mélodrame et acrobaties, tout ce que tu décris me plait tant que je sens monter en moi une irrépressible envie de rajouter cette corde manquante à mon Hark.

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    • Strum dit :

      Oui, ce n’est pas son meilleur, mais c’est plein de charme(s). Quelles flèches du réalisateur as-tu déjà encochées ?

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      • princecranoir dit :

        J’aime ses détectives et sa montagne magique. Il me reste tant à découvrir néanmoins de son œuvre riche et prolifique !

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        • Strum dit :

          Effectivement, il te reste beaucoup à voir, notamment les films d’action les plus déments que j’ai vus de ma vie : Time and Tide et The Blade. Sans compter les oeuvres plus romantiques et sentimentales (The Lovers et Peking Opera Blues), quoique tous les films de Tsui Hark soient apparemment un peu sentimentaux.

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          • princecranoir dit :

            Mon premier Tsui Hark était « Piège à Honk Kong » avec Van Damme. Sans doute pas son meilleur, mais déjà je me disais que le réalisateur de ce film devait être complètement azimuté.
            Je ne connais les titres de films d’action que tu me conseilles que par leur réputation. Régulièrement cités en références, il me reste à les découvrir. Par contre, je suis totalement ignare concernant sa veine sentimentale.

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  3. ELias_ dit :

    Le premier Tsui Hark à avoir atteint mes rétines (et sur grand écran). Souvenir d’un émerveillement absolu, à peine démenti par les revisionnages ultérieurs. Rien que pour cette première rencontre, il garde une place particulière.

    E.

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