Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock : le murmure de l’irrationnel

the birds

Au début des Oiseaux (1963) d’Alfred Hitchcock, Melanie Daniels (Tippi Hedren) fait cent kilomètres en voiture pour offrir un couple de love birds à Mitch Brenner (Rod Taylor) dont elle a fait la connaissance la veille dans un magasin d’oiseaux. Un geste complètement irrationnel surtout si l’on considère la manière abrupte dont s’est achevée leur première rencontre. A cette irrationalité du comportement humain répond l’irrationalité du monde sous la forme d’une série d’attaques inexplicables perpétrées par des oiseaux de toutes races contre des êtres humains. C’est cette irrationalité en miroir qui fonde l’originalité du film et participe de son pouvoir de fascination.

Toute la narration est construite de manière à nourrir le sentiment d’attente du spectateur, lequel est au principe même du suspense. On attend que survienne la première attaque, Hitchcock en retarde l’occurence (qui donne à Mitch un prétexte tout trouvé pour s’occuper d’une Melanie blessée). On attend ensuite qu’advienne la deuxième attaque, Hitchcock la rejette plus avant dans le récit et met en place un étrange quatuor amoureux entre Melanie, Mitch, Annie l’institutrice (Suzanne Pleshette) et la mère de Mitch (Jessica Tandy). Annie est une amoureuse éconduite de Mitch restée à Bodega Bay au lieu de retourner à San Francisco, autre comportement irrationnel. La mère de Mitch semble veiller sur lui comme un dragon dans sa tanière et si Les Oiseaux était un film d’horreur conventionnel, on pourrait s’amuser en imaginant qu’elle convoque les oiseaux pour éliminer toute concurrente se prétendant love bird (tourterelle). Melanie est une sorte de double de la mère de Mitch (voyez comme elles se ressemblent par le maintien et la coiffure), ce que Hitchcock suggère dans un plan qui convoque le souvenir de Vertigo  (autre histoire de double), celui où Melanie, cintrée dans un tailleur vert (la couleur du double dans Vertigo), est assise chez Annie avec derrière elle une pochette de Tristan et Isolde de Wagner, dont Bernard Herrmann s’inspira directement pour la musique de Vertigo. Le perfectionnisme d’Hitchcock était tel qu’on peut être certain que ce n’est pas un hasard. Melanie n’est elle-même pas sûre de savoir ce qu’elle est venue chercher à Bodega Bay, refusant de croire à son attirance soudaine et inexplicable pour Mitch, murmure de l’irrationnel qui se lève au fond d’elle-même (et qu’Hitchcock ne confond pas avec la mièvrerie). Tant et si bien que lorsque survient la deuxième attaque des oiseaux, collective cette fois et contre des enfants, on est surpris en train de démêler en pensées les relations de cet étrange quatuor et on imbrique de facto cette histoire de love birds avec ces oiseaux rapaces arrivant par milliers.

Ce qu’ont en commun ces deux histoires entremêlées, celle des humains qui s’aiment ou se haïssent, et celle des oiseaux qui frappent aveuglément (l’irrationnel est dépourvu d’yeux à l’instar des plans de visages énucléés du film et des aveugles des livres d’Ernesto Sabato), c’est leur caractère irrationnel. On attend tout le film qu’Hitchcock nous livre la clé du mystère, mais de clé il n’en existe pas, elle a été jetée au fond de la baie de Bodega si tant est qu’elle ait jamais existé. Comme dans la nouvelle de Daphné du Maurier dont le film est tiré, il n’existe pas d’explication à ces attaques, ce qui suscite un sentiment d’angoisse se substituant progressivement au sentiment d’attente. La raison humaine craint le vide. Hitchcock le sait si bien qu’il insère dans son récit, non sans l’humour noir qui le caractérisait, une scène qui matérialise les questions que se pose mentalement le spectateur : celle où plusieurs individus, parmi lesquels Melanie et Mitch, se retrouvent dans un café où chacun donne son interprétation des évènements. L’un évoque les menaces d’Ezéchiel à la façon d’un prophète biblique, une autre ne jure que par la science, tel pêcheur matérialiste mentionne prosaïquement que son bateau a été abimé, telle mère s’inquiète pour ses enfants, et submergée par les émotions cherche en Mélanie l’étrangère un bouc émissaire : chaque personnage représente une explication, une attitude, comme la mise en abyme de cinéphiles discutant du film lui-même, et chaque explication possible se trouvae neutralisée au terme de cette confrontation. L’attaque suivante est vue au travers de la vitre du bar ce qui prolonge l’idée que les personnages sont dans une salle comme s’ils discutaient de cinéma, mais une salle fermée, étouffante. Le génie du metteur en scène est de nous donner envie de quitter ce lieu cloîtré alors même que l’on sait qu’au dehors les oiseaux sont prêts à frapper de nouveau. D’ailleurs, ce film censé se dérouler dans une baie fut presqu’entièrement tourné en studio et par ses décors intérieurs faits de pièces étroites il exhale un relent de claustrophobie. Une fois la caméra dehors, Hitchcock nous montre le point de vue du ciel avec ce plan qui regarde l’incendie d’en haut : le ciel lui-même s’avère incapable de faire autre chose que de regarder.

Au spectateur obstiné qui continuerait à demander « pourquoi ? », Hitchcock répond en insérant dans la bande son qui accompagne la dernière séquence, une séquence qui se déroule dans une atmosphère et un décor de fin du monde, un étrange grondement paraissant venir de loin, du fond des âges, comme l’incarnation dans le champ sonore d’une peur primitive : la peur du vide, de l’inconnu, de l’inexplicable, de l’inexpliqué. C’est comme si le film était remonté à la source de ces peurs primitives d’avant la civilisation, avant l’invention de la musique, pareil à Marlowe remontant le fleuve de la civilisation jusqu’à son puits inconscient dans Au Coeur des ténèbres de Conrad. Au delà, on ne peut plus avancer, il n’y a plus ni fin, ni commencement. Aussi le mot « The End » n’est-il pas intégré au dernier plan (à rebours de la tradition de l’époque), ce qui permet au spectateur de poursuivre son questionnement au-delà du film.

L’absence complète de musique diégétique contribue à l’impression de vide et d’irrationalité du film (car par sa manière de narrer des émotions, la musique appartient au domaine du récit et donc du rationnel). Ainsi que le raconte le réalisateur à François Truffaut dans le Truffaut-Hitchcock, un très important travail sur le son fut réalisé sous la supervision de Bernard Herrmann, les moments de silence accentuant le suspense, les bruitages d’ailes augmentant l’impact des coups de becs via une augmentation subtile du volume sonore. Ce travail est manifeste lors de la scène où les oiseaux attaquent la maison de l’extérieur, le son de leurs coups sur les fenêtres et les portes suscitant un effroi qui s’empare des personnages et contamine à travers eux le spectateur. Ne reste plus pour Hitchcock qu’à porter le coup de grâce lors cette scène où Tippi Heddren subit directement les assauts des corbeaux, scène dont la conception fut rude pour l’actrice puisque les assistants lui jetaient directement les volatils à la figure et qui à la lueur de ses accusations tardives selon lesquelles le réalisateur l’aurait harcelée pendant le tournage de Pas de printemps pour Marnie prend une tournure singulière, semblable à une projection des frustrations hitchcockiennes sur sa silhouette gracile et casquée d’or. Dans cette scène impressionnante, le montage heurté et rapide, les plans aux perspectives brisées, comme du verre se cassant, anticipent bien des films d’horreur des années 1960 et 1970. Encore une pièce de choix à l’édifice bâti par le maître du suspense, l’avant-dernière avec son duo fétiche Robert Burks (à la photographie) et George Tomasini (au montage), Robert Doyle assurant la direction artistique.

Strum

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26 commentaires pour Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock : le murmure de l’irrationnel

  1. Je trouve que c’est l’un des films d’Hitchcock qui fait le plus peur, presque autant que Psychose, peut-être justement à cause de ce côté inexpliqué, irrationnel …

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  2. J.R. dit :

    J’adore tonton Alfred, qui juste après John Ford, et juste avant Fritz Lang ; ) fait parti de mon trio de cinéastes préférés. Peut-être est-il permis, avec un tel sujet subjectif, d’y voir autre chose que le surgissement de l’irrationnel : une angoisse existentielle mêlée de culpabilité, de responsabilité, qui interroge la place de chacun dans l’univers. Je voyais récemment Soupçons et je devinais encore chez Hitchcock l’idée de se sentir digne d’amour, ou d’éprouver un amour digne. Sommes-nous aimables? C’est ce que m’inspire la série des Hitchcock dernière manière.

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    • Strum dit :

      Pourquoi pas, en effet, cela ressemblerait assez à Hitchcock dernière période, cette idée (externe à la narration du film) d’une culpabilité générale qui s’abat sur tous, même si la première attaque collective s’abat sur les enfants a priori plus innocents que les autres dans ce film. Ses derniers films sont d’ailleurs misanthropes (je n’aime pas du tout Frenzy par exemple). A la question sommes-nous aimables, Hitch répondrait non. Bon, une telle culpabilité collective ne serait pas loin cela dit de l’idée du châtiment divin a priori éliminé via le personnage du faux prophète dans le café et les références à Ezechiel et Esaïe.

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      • J.R. dit :

        Je n’ai pas de réponse face à l’épisode du faux prophète, sans doute que la culpabilité concerne aussi les materistes ; ) . Je n’en sais rien! En revanche l’attaque contre les enfants va dans mon sens, je crois. Car les enfants représentent l’idée que nous nous faisons de notre Innocenc, et que chacun sait, hélas, qu’ils ne le sont pas. Je réagis sans doute au film, en chrétien… Mais comme pour les Dents de la mer, on peut donner, ou pas, un sens aux attaques de la faune en colère… Le suspense lui est évident et trés efficace.

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        • Strum dit :

          C’est vrai que les enfants représentent aussi l’idée que nous nous faisons de notre innocence, c’est bien retourné … Sur l’innocence des enfants : idée séduisante mais fausse bien sûr car dans la réalité, les enfants n’ont rien de créatures innocents. Pour ma part, je suis agnostique, même si, comme disait Camus, j’ai le goût du sacré. Quoiqu’il en soit, discuter de la raison des attaques des oiseaux, c’est se retrouver à nouveau dans ce café à discuter avec les autres.

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  3. J.R dit :

    Et hors sujet – si vous permettez- puisqu’on évoque Conrad : après avoir lu Au Coeur des ténèbres – qui ne m’a pas complètement renversé (dans doute que j’en attendais trop) je termine actuellement Nostromo qui m’impressionne…

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    • Strum dit :

      Nostromo : c’est de loin le chef-d’œuvre de Conrad, qui résume tous son art et toutes ses idées. J’adore Nostromo qui fait tout simplement parti de mes livres préférés (tiens, voilà une autre liste possible). 🙂

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      • J.R. dit :

        Une AUTRE liste, hâte de lire déjà la liste qui nous concerne sur un site consacré au cinéma. Nostromo ne ferait pas parti de mes livres préfèrés, (mais là je ne suis pas certain de savoir dresser une liste) même si je le trouve vraiment excellent. Bon choix.
        https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Les_100_meilleurs_livres_de_tous_les_temps_selon_le_Cercle_norvégien_du_livre

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        • Strum dit :

          C’est vrai, il faut d’abord que je publie cette liste sur mes films préférés… 😉 Et puis après, une liste entrainant l’autre, sait-on jamais.

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          • J.R. dit :

            Pour fermer la parenthèse Nostromo, que j’ai terminé après un final exceptionnel; j’y vois (sans être un connaisseur) la démonstration que les puissants gagnent toujours, et que les moins favorisés jouent toujours contre leurs propres intérêts.Une lecture que je recommanderai. Je vais attaquer maintenant Don Quichotte (mais j’ai peur de le lire pour de mauvaises raisons, parce qu’il est tellement vénéré… Pour me démotiver je me dis que c’était également le roman préféré d’Hitler -_- ). Ce serait inintéressant d’avoir des retours de lectures sur votre blog. Non pour en faire une auberge espagnole, mais parce votre style (le fameux style) peut se rapprocher de la critique littéraire… Pour ma part si je peux écrire sur le cinéma je ne serais guère capable d’écrire sur le littérature.

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            • Strum dit :

              Ah, ça me fait plaisir. Exceptionnelle la fin de Nostromo en effet. Don Quichotte, c’est génial, c’est un livre que j’ai lu il y a très longtemps et qui m’avait fait du bien. Pour des retours de lecture, j’y ai pensé (il y a un onglet littérature qui était notamment fait pour cela), mais j’ai peur que cela devienne vraiment trop chronophage. Au départ, j’ai une formation de littéraire d’où peut-être votre impression.

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  4. roijoyeux dit :

    mon cinéaste préféré, un film étrange et déroutant mais fascinant, mieux avoir été prévenu avant de le voir

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  5. ornelune dit :

    J’aime beaucoup la polysémie du film. C’est Bergala qui avait fait le premier ceyte interprétation chrétienne.

    J’adore aussi la finesse de la présentation du personnage de Tippi Hedren au début du film, dont la blondeur n’est pas ici une mention de pureté… Oh non. C’est même une sacré coquine oui !

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  6. Strum dit :

    En effet, il y a eu plusieurs interprétations chrétiennes des films d’Hitchcock qui s’y prêtent bien, même si je ne les fais pas toutes miennes. Coquine certainement pour Melanie même si elle persiste à dire que non, elle n’est « pas entrée nue dans la fontaine de Trevi ».

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  7. Pascale dit :

    Impossible de s’en lasser. Les images fortes succèdent aux scènes choc et réciproquement.
    L’agression de Tippi Heden est un sommet. Elle si forte (quoique pour chipoter je n’aime pas trop l’évocation de sa vie dissolue et son désir de repentance), est anéantie.
    Hitchcock aurait il été éconduit ?..
    J’aime beaucoup le personnage las et résigné d’Annie. Belle scène/soirée filles/pyjamas très réussie, très intelligente : non les filles ne se crêpent pas le chignon ni ne se couvrent de… noms d’oiseaux !
    La mère est glaçante.
    Mitch Brenner et Mélanie Daniels sont des noms qu’on n’oublie pas.
    Le plan final de fin du monde, cette non fin sont tout simplement et hitchcoquement géniaux. Il termine son film en queue de poisson et nous laisse angoissés avec des interrogations sans l’amorce d’une réponse …
    Étonnant que personne ne se soit jamais emparé d’une suite (ce que je ne déplore pas évidemment).

    Mais quand même… que se passe t’il après que la voiture tente de se frayer un chemin ? Que vont ils trouver de l’autre côté de la baie ?

    Un film apocalyptique !

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    • Pascale dit :

      Oups j’avais pas fini…
      Je l’ai vu toute jeune la première fois. J’étais fière d’avoir vu mon premier film d’horreur 🙂
      A la fin je me suis dit : ouf ils sont sauvés. J’aimais déjà les fins optimistes où le héros sauve l’héroïne.
      A force de le voir je me dis que peut-être je n’aurais pas quitté la maison, attendant que ça se calme.
      Il y a des nouvelles pas très bonnes à la radio non ?
      Comment savent ils qu’ils peuvent aller jusqu’à la voiture sans se faire attaquer?
      Aujourd’hui je me dis que le pire est au bout du chemin.
      Quel petit malin cet Alfred !

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      • Strum dit :

        La radio parle d’attaque dans un secteur concentré autour de Bodega Bay, a priori San Francisco est épargnée. Comme je le disais chacun imaginera la suite à sa manière, et toi on dirait que tu pressens le pire. Je ne me souviens plus de ma réaction lors de ma première vision du film, mais je pense que j’étais trop interloqué et trop jeune pour imaginer quoique ce soit pour la suite.

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    • Strum dit :

      Ah non, pas de suite, ne donne pas de mauvaises idées à un producteur en mal de sujet. 🙂 C’est le côté ouvert de cette fin qui est génial effectivement. La colère des oiseaux s’est-elle apaisée ou est-ce le début de l’apocalypse ? Mon sentiment est que le jour de colère s’est achevé et que l’apaisement vient mais chacun imaginera la suite différemment évidemment.

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  8. Pascale dit :

    J’espère que tous les producteurs qui me lisent ne se laisseront pas influencer 🙂
    Il y a eu plusieurs suites à Psychose (je n’en ai vu aucune) dont une ou deux réalisées par Anthony lui-même… ça fait frémir tant c’est aberrant.
    Ah oui je me souviens maintenant que San Francisco était épargnée d’après la radio.
    Peut-être les piafs veulent-ils juste une bande de Gaza à eux rien qu’à eux et qu’ils ont choisi Bodega Bay… Ah ce que ce nom sonne bien

    Je viens de découvrir que Fog de Carpenter avait été tourné là aussi.
    Et que la baie se situe pile sur la faille de San Andreas (si les oiseaux n’ont pas sa peau…) et qu’il y avait 1 077 habitants.

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    • Strum dit :

      Bien sûr, plein de producteurs nous lisent. 😉 Bodega Bay… c’est vrai que le nom est évocateur. Un tremblement de terre dans Les Oiseaux, cela aurait été le bouquet. Peut-être pour la suite…

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      • J.R. dit :

        Les Oiseaux 2 : Un certain Norman Bates ouvre un motel miteux sur la route de Bodega Bay, mais des attaques d’oiseaux compromettent le succès de l’entreprise, surtout que le cadrave d’un espion dénommé Kaplan est retrouvé dans un placard du motel. Un ancien nazie sous couverture mène l’enquête… Il découvre que Bates se déguise en oiseau pour attaquer de vieilles dames. Un psychanalyste explique qu’élevé par sa grand mère au stade œdipien, il aurait fait sur elle, à la fois le transfert de sa mère et de son père…
        Si jamais un producteur est interressé je peux donner plus de détail : )

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