Lady Bird : portrait de Greta Gerwig en jeune fille

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Une silhouette dégingandée, un regard vert voilé, l’air de ne pas être là, un sourire désarmant : c’est parée de ces atours que Greta Gerwig a fait son apparition dans le cinéma indépendant américain, et si j’ai aimé Greenberg, Damsels in distress et même partiellement Frances Ha (qu’elle avait co-scénarisé avec Noah Baumbach), c’est parce qu’elle était là. Le charme indicible d’une actrice peut-il imprégner un film qu’elle réalise sans y jouer ? Lady Bird (2018) donne à cette question un début de réponse. Ce récit autobiographique raconte la dernière année de Gerwig, ici dénommée Christine, dans un lycée catholique de Sacramento avant son entrée à l’université, un Sacramento aux routes droites, aux destins tracés, qu’elle exècre. Christine voudrait tant quitter ce lieu qui la ramène à sa condition sociale et aux contingences décevantes de la vie (son père est au chômage et sa mère subvient difficilement aux besoins du ménage) qu’elle s’est affublée d’un surnom : Lady Bird.

Notre dame-oiseau, qui veut s’envoler, trouver un autre nid, est incarnée par une actrice qui ne ressemble pas beaucoup à Gerwig : Saoirse Ronan, dont le visage volontaire et buté, le tempérament vif, le regard brillant et prêt à s’embraser, diffèrent de la rondeur hésitante du visage de Gerwig et de sa gestuelle fantasque (qui cachent certes du caractère). Mais c’est un alter ego qui fonctionne dans le cadre de ce joli film (pas plus) où l’on voit une Christine prête à tout pour quitter Sacramento, se servant des autres, mentant allègrement comme on le fait à son âge, faisant fi de tout scrupule. Si le sujet et la progression dramatique sont convenus, Lady Bird a du charme et distille une mélancolie progressive que l’on ne voit pas venir. Elle résulte en premier lieu du découpage du film associant une série de scènes disjointes qui toutes font voir les tentatives de Christine pour quitter sa famille et Sacramento, tentatives abruptes mais dont la maladresse même a quelque chose de touchant par le mal-être qu’elle révèle. Une mélancolie que l’on ne voit pas venir, voilà qui ressemble un peu au charme de l’actrice Greta Gerwig, ce qui répond à notre question initiale. En second lieu, c’est le personnage de la mère (Laurie Metcalf), le plus réussi du film, qui retient l’attention. Aussi abrupte que peut l’être sa fille, la mère semble avoir renoncé à ses propres rêves. Elle attend de sa fille qu’elle fasse de même en donnant « la meilleure version d’elle-même » mais ses mots blessent. Peut-être que l’incapacité de la mère à accepter que sa fille veuille une autre vie est une façon pour elle d’éviter d’affronter ses propres craintes ou l’échec de ses rêves enfouis. Elles se chamaillent parce qu’elles se ressemblent, aussi égoïstes l’une que l’autre : la mère veut sa fille pour elle seule, la fille veut la vie pour elle seule.

Il est dommage que la réalisatrice ait voulu refermer son récit en racontant dans un épilogue superflu la maturité soudaine de son héroïne, condensant en quelques jours un cheminement personnel qui dans la réalité a dû se compter en mois si ce n’est en années. Convention inutile et revers de l’autobiographie, qui veut trouver du sens dans le passé, mais lettre d’amour à la mère, encore elle. On retrouve avec plaisir Lucas Hedges, le fils de Manchester by the sea de Kenneth Lonergan, dans quelques scènes.

Strum

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9 commentaires pour Lady Bird : portrait de Greta Gerwig en jeune fille

  1. Vincent dit :

    Je suis aussi très sensible à son « charme indéfinissable », il va falloir que je me dégotte une séance de cette « ladybird ».

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    • Strum dit :

      Bonjour Vincent, évidemment, Gerwig ne joue pas dedans, ce qui est dommage, mais à défaut, par un travail d’imagination, on peut se la représenter dans la même situation. PS : je vois que vous publiez un livre sur Corbucci, bravo ! Il faudrait peut-être d’ailleurs que je me décide à voir un de ses films…

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  2. tinalakiller dit :

    J’ai trouvé le film aux airs autobiographiques (visiblement, selon la réalisatrice, il s’agirait plus d’une autobiographie fantasmée) parfois touchant, indéniablement sincère et bien interprété mais il m’a paru looooong et surtout j’ai l’impression d’avoir vu ça dix mille fois.

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    • Strum dit :

      Oui, le propos est convenu c’est sûr, c’est une histoire de passage à l’âge adulte comme on en a déjà vu et je ne pense pas que l’on parlerait autant du film s’il n’était pas réalisé par Greta Gerwig. Mais bon, le film a du charme.

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  3. Pascale dit :

    Pour une fois je ne suis pas du tout d’accord avec ton analyse.
    Déjà je trouve que Saoirse ressemble étonnamment à Greta physiquement. Je m’en suis fait la réflexion tout au long du film pour découvrir ensuite qu’il était en partie autobiographique.
    Ensuite il me semble que justement en tant qu’actrice elle doit être encore plus attendue au tournant qu’aucune autre et que les critiques se seraient fait un plaisir de la démolir lui intimant de rester devant la caméra si son film n’était pas bon. .Même si tu ne dis pas qu’il n’est pas bon, tu dis pire… qu’il traite d’un sujet mille fois rebattu. Et là, je suis d’accord et les ados JE N’EN PEUX VRAIMENT PLUS, mais justement même en traitant presque toutes les étapes vues et revues dans maints autres films, de cette dernière année de lycée et des découvertes qu’on fait à cet âge, elle le fait avec infiniment de légèreté, de fluidité (je n’ai trouvé le montage du film absolument pas abrupt) et de grâce.
    La mère dit qu’elle attend qu’elle soit la meilleure version d’elle-même mais aussi qu’elle ne sera jamais bonne à rien, qu’elle ne réussira pas telle et telle chose… C’est un monstre (moins que la mère de Tonya 🙂 )
    Je ne crois pas non plus qu’elle se serve des autres pour « parvenir ». Elle change de meilleure amie comme on change de couleur de cheveux et en cherche une un peu plus glamour et populaire que son adorable amie rondelette.
    Etc… Mille choses à dire pour sauver ce film !

    Bref ce film mérite mieux et pourtant je t’assure que les problèmes d’ados : JE SATURE 🙂

    Je suis contente aussi d’avoir une rame d’avance sur toi (pour une fois). J’ai vu (merci le génialissime Festival Lumière) en présence de Franco Nero, Django de Sergio Corbucci (impossible de retrouver l’article sur mon blog, la fonction « recherche » n’est pas toujours au point. Je suis à peu près certaine que tu y trouverais une mine pour t’éclater et t’exprimer 🙂

    Désolée d’être un peu longue.

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    • Strum dit :

      Ne sois pas désolée, c’est bien de temps en temps d’être en désaccord. Sur le montage, je me suis peut-être fait mal comprendre, mais j’écris justement que le film assemble habilement des scènes disjointes (il y a peu de plans de transition) et que cela participe de son charme. Pour la mère : elle souffre. Elle s’y prend mal certes, mais elle fait ce qu’elle peut comme elle peut et au final, Christine le comprend et lui dit qu’elle l’aime. Ce n’est pas un monstre du tout (si tel était le point de vue de Gerwig, il n’y a aurait pas ce long contrechamp sur la mère pleurant au volant). Christine se sert des autres à un moment. Ce n’est pas un reproche, c’est une réalité, elle le fait pour s’en sortir. Je ne trouve pas que Saoirse Ronan possède la grace maladroite de Greta Gerwig mais là on entre dans un territoire purement subjectif et je n’ai pas d’arguments à t’opposer. 😉 Le sujet du film a déjà été vu, et cela me parait juste de le dire, mais l’important reste le traitement. Et s’agissant du traitement, j’indique (de façon imprécise manifestement, je ne suis pas entré dans le détail pour cette critique) en quoi le film possède du charme. Pour ce qui est de saturer avec les problèmes d’ado, je vois très bien ce que tu veux dire… 🙂 Pour le reste, en effet, tu as un métro d’avance, je n’ai jamais vu de film de Corbucci et il faudrait que je remédie à cela. Ca devait être sympa cette projection en présence du réalisateur.

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  4. Pascale dit :

    La mère n’est pas un monstre (comme Michael Shannon n’est pas un nazi…) mais je trouve cette femme plutôt intelligente mais lorsqu’elle perd le sens commun, ou ses nerfs pour dire et répéter à sa fille qu’elle ne sera jamais bonne à rien, je l’ai trouvé monstrueuse. Mais qu’elle pleurniche de culpabilité à l’aéroport m’a touchée. Le père est nickel à ce moment. Il aime cette femme insupportable 🙂

    J’ai vu Django en présence de Franco Nero, toujours aussi séduisant (pas du réalisateur)
    https://www.google.fr/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwjr6sfb-ufZAhWI_aQKHQtLCXAQjRwIBg&url=http%3A%2F%2Fwww.purepeople.com%2Fpeople%2Fpedro-almodovar_p1102%2Fphotos%2F2&psig=AOvVaw21G3MR74lSrB5OlI6wm0qy&ust=1520984394072172

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  5. Pascale dit :

    Bon ce n’est pas le bon lien, je voulais mettre une jolie photo de Franco/Django

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