Hier, aujourd’hui et demain de Vittorio De Sica : promenades dans la ville

Résultat de recherche d'images pour "hier aujourd'hui demain de sica"

Hier, aujourd’hui et demain (1963) est une récréation dans la carrière de Vittorio De Sica et de son duo d’acteurs Sophia Loren-Marcello Mastroianni, une promenade à laquelle nous sommes conviés dans Naples, Milan et Rome. Ce film à sketches qui doit sa postérité à un strip-tease mémorable de Sophia Loren vaut aussi et peut-être surtout pour la manière dont De Sica et son chef opérateur Gisueppe Rotunno filment en format cinemascope les trois villes qui servent de toile de fond aux trois récits. Savoir rendre compte de la forme d’une ville, c’est cela notamment qui a défini le néo-réalisme, dont De Sica réalisa l’un des fleurons (Le Voleur de Bicyclette en 1948).

Trois historiettes composent le film. La première, écrite par Eduardo De Filippo, se déroule dans le quartier de Forcella à Naples et est tirée d’un fait divers de 1954 : Adelina (Sophia Loren), une vendeuse de cigarettes de contrebande, enchaîne les grossesses sans faillir pour éviter la prison, réclamant à son mari (Marcello Mastroianni) les hommages d’un devoir conjugal au moins quotidien. Ledit mari finit par faiblir, autant par épuisement sexuel qu’en raison des exigences d’une progéniture grandissante qui l’empêche de dormir. La généreuse nature de Sophia Loren, l’humour fin d’un Mastroianni toujours à son aise pour jouer l’impuissance, l’amour évident de De Sica pour Naples, ville où il a passé son enfance et dont il filme merveilleusement les longues rues pentues, font de ce sketch ensoleillé un bonheur simple disant la joie de vivre à Naples et la solidarité du quartier populaire de Forcella. La forme de la ville, ici faite de ruelles étroites, rend compte de la proximité des coeurs.

La seconde histoire, adaptée d’une nouvelle de Moravia par Cesare Zavattini (l’un des scénaristes historiques du néo-réalisme et compagnon de route du réalisateur), est plus anecdotique. C’est une sorte de parodie des films d’Antonioni, moquant le sentiment de « vide » ressenti par la haute bourgoisie milanaise (on pense à La Notte d’Antonioni qui se passe aussi à Milan). Sophia Loren y incarne la femme désoeuvrée d’un riche industriel qui s’amourache d’un homme du peuple auquel Mastroianni prête son aimable visage. Un accident du voiture au cours duquel la Rolls Royce de madame est endommagée a tôt fait de rappeler la différence de classe sociale entre les deux tourtereaux. A nouveau, c’est la forme de la ville qui donne la mesure de la distance entre les personnages, De Sica filmant Milan comme une série d’axes routiers froids et sans âme.

C’est dans la troisième histoire, toujours écrite par Zavattini, que l’on trouve ce fameux strip-tease de Sophia Loren, qui s’effleure devant un Mastroianni aussi extatique que le loup de Tex Avery (photo). Tout se passe dans l’appartement de Mara, une prostituée dont la terrasse surplombe l’oval mordoré de la place Navone à Rome. La dame est si affriolante qu’elle fait tourner la tête du jeune séminariste qui occupe l’appartement mitoyen, au point que celui-ci veuille renoncer à sa vocation. Consternée, elle prie la Vierge Marie de le faire revenir sur sa décision, faisant voeu d’abstinence pendant une semaine en gage de bonne foi. Mastroianni joue un peu le personnage inverse de la première histoire, un client désespéré par cette grêve du sexe car bien entendu Mara se refuse à lui. Ce sketch à l’humour grivois, génialement interprété par Loren et Mastroianni qui font rire de personnages stéréotypés (la prostituée romaine au grand coeur, le provincial italien dévergondé), ravit de bout en bout. Rome et la place Navone ne font ici qu’un, représentation unique de la ville éternelle hier, aujourd’hui et demain. Ici, la forme d’une ville ne change pas « plus vite que le coeur d’un mortel » (comme disait le poète).

L’ensemble forme un film délicieux aux belles couleurs (comme savait les convoquer Rotunno), parfait écrin pour la personnalité solaire de Sophie Loren dont l’abattage fait merveille, Mastroianni jouant gracieusement le rôle de faire-valoir. On en sort avec l’envie de retourner se promener dans les rues de Naples et de Rome. Devant le succès du film, le trio De Sica-Loren-Mastroianni (ou quatuor si l’on compte le producteur Carlo Ponti, mari de l’actrice), se reforma avec une réussite plus grande encore et sous un format traditionnel de long-métrage pour Mariage à l’Italienne un an plus tard.

Strum

Cet article, publié dans cinéma, cinéma européen, cinéma italien, critique de film, De Sica (Vittorio), est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Hier, aujourd’hui et demain de Vittorio De Sica : promenades dans la ville

  1. Goran dit :

    Très sympa ce film…

    J'aime

  2. Marcorèle dit :

    Un film jouissif, donc, avec des hauts et des bas. 😀

    J'aime

  3. lorenztradfin dit :

    …et qui donne envie de se promener à Rome et à Naples…. Merci !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s