Summer Wars de Mamoru Hosoda : intelligence artificielle et clan japonais face-à-face

claoz-summer-wars

On ne retrouve pas dans Summer Wars (2009) de Mamoru Hosoda, le soin avec lequel un Miyazaki compose ses plans. Ici, chaque image est un support fonctionnel de la narration plutôt qu’une fenêtre sur un monde cinématographique suscitant l’illusion de la réalité. Toutefois, ce film d’animation séduit par la qualité de son scénario, qui mêle monde réel et monde virtuel, mais aussi monde ancien et monde moderne. Le prologue du film qui nous présente Oz, univers virtuel économiquement auto-géré où chacun agit via un avatar, fait penser à celui du récent Ready Player One de Spielberg et il n’est pas interdit d’imaginer une influence, certes limitée car les deux films divergent ensuite par leurs thèmes et leur mise en scène. Là où Spielberg interroge l’attrait du virtuel en s’intéressant à un homme regrettant de ne pas avoir assez vécu dans le monde réel au soir de sa vie, Hosoda met en garde contre les dangers de l’intelligence artificielle à laquelle il oppose la force collective du clan japonais.

Au début du film, Kenji, un lycéen, est invité par Natsuki, la plus jolie fille du lycée, pour jouer le rôle de son fiancé à l’occasion du 90e anniversaire de sa grand-mère, chef du clan Jinnouchi. La fête d’anniversaire est troublée par le retour impromptu de l’enfant adoptif du clan, Wabisuke, l’inventeur d’une redoutable intelligence artificielle qui vient de prendre le contrôle d’Oz, après que les Etats-Unis, jouant aux apprentis-sorciers (anticipation du monde actuel ?), y ont introduit l’I.A. Le clan Jinnouchi décide d’affronter cette créature virtuelle pour laver l’affront que constitue cette faute d’un des siens. L’intérêt du film réside moins dans les relations entre Kenji et Natsuki que dans la manière dont il fait co-exister les valeurs traditionnelles du Japon et les virtualités du monde moderne, sujet qui en fait un film typiquement japonais. Ici, chacun est défini par rapport à ses liens avec le clan et sa chef (hiérarchie matriarcale assez utopique au regard de la place habituellement subsidiaire des femmes dans les clans japonais) : Wabisuke s’est initialement exilé car il ne trouvait pas sa place dans le clan, puis est chassé car il a entaché son honneur ; Kenji est adoubé par le clan en tant que fiancé de Natsuki car ses dons mathématiques aideront à redorer son blason.

Le sens très sûr du récit dont fait preuve Hosoda lui permet de raconter en peu de temps et avec vivacité cette inclusion d’un nouveau membre dans le clan en parallèle de l’expulsion de l’intelligence artificielle du monde virtuel. Ici, le « rosebud », c’est le château des Jinnouchi, symbole triomphal de la puissance collective du clan, qu’il convient de préserver à tout prix de la destruction, soit exactement l’inverse de la chambre d’enfant solitaire de Ready Player One d’où toute idée de famille est absente.

Strum

Cet article, publié dans cinéma, cinéma asiatique, cinéma japonais, critique de film, Hosoda (Mamoru), est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Summer Wars de Mamoru Hosoda : intelligence artificielle et clan japonais face-à-face

  1. princecranoir dit :

    J’avais également trouvé que « Ready Player One » lorgnait plus souvent qu’à son tour sur ce magnifique film de Hosoda. Je trouve que la grande qualité de son film est d’avoir su marier avec une merveilleuse intelligence et une efficacité radicale les contingences du virtuel ludique et le naturalisme du portrait de famille (ce qui en fait, au fil de ses réalisations, une sorte de Kore-eda Hirokasu du film d’animation).

    J'aime

    • Strum dit :

      Les deux prologues se ressemblent en effet, mais ensuite les deux films divergent nettement. C’est le premier film que je voyais d’Hosoda et c’est vrai que c’est intelligent et bien écrit, même si du point de vue de la mise en scène et en beauté pure, cela ne vaut pas Miyazaki.

      Aimé par 1 personne

      • princecranoir dit :

        Hosoda n’est pas Miyazaki en effet, et c’est tant mieux. Impossible d’atteindre le niveau du maître.
        Ce qui ne retire rien à la qualité des films d’Hosoda qui a su trouver son style et s’imposer comme une relève des plus prometteuses.

        J'aime

Répondre à Strum Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s