Le Ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch : paradis ou enfer ?

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Imaginons qu’Ernst Lubitsch soit entré au purgatoire le jour de sa mort, hésitant sur la marche à suivre. S’il avait aperçu au paradis, au-dessus de sa tête, les chantres des bonnes moeurs de son temps, les William Hays et consorts avec lesquels il eut maille à partir à cause de ses films trop libres, et s’il avait constaté a contrario que s’ébattaient en enfer, sous ses pieds, les artistes, les femmes de petite vertu, les personnages en marge, qu’il avait aimés et mis en scène, il n’est pas certain qu’il aurait choisi de monter les escaliers. C’est en tout cas aux portes des enfers que se présente Henry Van Cleve (Don Ameche) au début du Ciel peut attendre (1943) de Lubitsch. Sa vie dissolue ne lui permet pas, croit-il, d’accéder au paradis. Intrigué, le diable, ou son fondé de pouvoir, l’invite à lui raconter sa vie.

C’est celle d’un Casanova new-yorkais né à la fin du XIXè siècle et qui pendant toute son existence a couru après les femmes, s’étant convaincu dès l’enfance qu’il faut avoir beaucoup de « scarabées » dans les poches pour les séduire et qu’il n’y avait rien de mal à leur mentir pourvu qu’on les rendît heureuses. Henry est un beau parleur, spirituel et distingué, et son plaidoyer pro domo pourrait tout aussi bien s’appliquer à Lubitsch et à ses films eux-mêmes, en vertu d’une mise en abyme dont le réalisateur est coutumier. Du reste, Le Ciel peut attendre met en scène une problématique qui lui est chère : à travers les personnages d’Henry et de son cousin Albert (Allyn Joslyn), un pédant de premier ordre, il oppose deux manières de vivre comme il l’avait déjà fait dans Sérénade à trois. Derrière l’irrésistible fantaisie de ses films, Lubitsch se préoccupait de questions existentielles et n’était pas le mondain futile que d’aucuns croient. Albert se conforme aux convenances dans ce qu’elles ont de plus rigides, entreprenant chaque chose avec le sérieux et la méthode d’un premier de la classe, devenant délateur à force de toujours dire la vérité, mettant dans sa vie une morale de travailleur acharné selon cette éthique protestante américaine que Lubitsch n’aimait guère. C’est pourquoi il est un tel repoussoir dans le film, de même que sa vision fausse du mariage comme « un havre de paix pour deux êtres raisonnables ». A l’inverse, Henry est un noceur charmant et menteur qui aurait volontiers passé sa vie de cocktails en aventures amoureuses si le hasard ne s’en était mêlé, attendant dans les rues adjacentes que les danseuse sortent par l’entrée des artistes.

Le schématisme de cette opposition est désamorcé grâce à la finesse et la drôlerie habituelles des dialogues de Lubitsch et de Samson Raphaelson (« tous mes parents disaient du bien de moi ; alors, je sus que j’étais mort » dit Henry aux enfers ; « j’ai toujours désiré m’enfuir avec une femme » dixit le grand-père qui aide Henry à partir avec la sienne ; « mais de qui tient-il ? » ne cesse de demander le père honnête d’Henry sous le regard moqueur du grand-père impertinent). On décèle aussi une mélancolie particulière, que l’on ne retrouve pas toujours chez Lubitsch, peut-être parce qu’il porte ici un regard rétrospectif sur une vie passée et sans doute aussi sur sa propre filmographie alors que la guerre bat son plein en Europe. D’ailleurs, le film relève d’une structure narrative impressionniste, relatant seulement certaines journées d’Henry, en particulier des anniversaires. Sa mélancolie provient aussi du personnage de Martha, incarnée par Gene Tierney. La beauté presqu’irréelle de l’actrice, sa fragilité physique et émotionnelle dans le film, font d’elle une rose qui la distingue de tous les autres personnages. Elle possède quelque chose qui est à la fois éphémère et sacré, quelque chose qui surpasse autant la morale protestante que les attraits d’une vie dissolue. Elle voit tout, devine tout,  pardonne tout, sans faire valoir une morale qui reste chez elle purement intérieure – dommage que le film lui laisse finalement si peu de place. Les péripéties de sa rencontre avec Henry témoignent du génie de Lubitsch qui parvient en même temps à réfléchir avec nous au sujet de son film, à nous faire rire, et à nous rendre mélancolique : Henry découvre que la femme inconnue (Martha) dont il est tombé amoureux le jour même est en réalité la fiancée de son cousin Albert. Situation mélancolique : la femme désirée (et le désir semble réciproque) appartient à celui qui représente le pôle opposé de sa vie, ce qui semble dresser un insurmontable obstacle à leur amour. Situation comique : c’est une de ces coïncidences impossibles typiques d’une bonne comédie, et les parents rednecks de Martha, rois de la conserve de boeuf, renforcent la drôlerie de la séquence. Situation existentielle : pour résoudre l’abcès, Henry décidera contre toute convenance d’enlever la jeune fille en pleine soirée de fiançailles, créant un immense scandale dans la société qui est la sienne. Lubitsch pousse la logique d’Henry jusqu’au bout : quitte à vivre contre les convenances, à les piétiner, autant faire en sorte d’être heureux et de rendre heureux les autres car avec Albert, Martha eut été (encore plus) malheureuse.

Cette ôde à l’impertinence, à l’immoralité masculine, montre à nouveau combien Lubitsch avait une place à part dans la comédie américaine. On est loin ici des screwball comédies traditionnelles de Hawks, McCarey et Cukor, ces comédies du remariage dans lesquelles le philosophe Stanley Cavell, récemment disparu, apercevait une manière de perfectionnement moral, dans la lignée d’Emerson, au point de se demander si le cinéma rendait meilleur. Au contraire, Lubitsch jubile des mauvaises actions de son héros, ainsi dans cette scène où le grand-père surgit soudain comme un diable de sa boite de derrière un paravent pour presser son petit-fils d’enlever une deuxième fois sa femme qui vient de le quitter. Ce grand-père qui jubile, joué par le formidable Charles Coburn, c’est d’une certaine façon Lubitsch lui-même regardant ses personnages de l’intérieur du film. Il ne cache cependant rien de la mauvaise foi et de la duplicité d’Henry qui prétend raconter sa vie au diable, mais ne lui (nous) montre aucune scène illustrant ses adultères, car il est manifeste qu’il a trompé sa femme, bien qu’il refuse de l’admettre (tactique bien connue de ceux qui ont quelque chose à se reprocher : nier toujours). Et malgré le grand amour qu’il porte à Martha, laquelle représente à ses yeux un idéal féminin à l’indulgence supra-terrestre (et d’une autre époque), c’est d’abord lui-même qui lui importe (« comment as-tu pu me faire ça » lui dit-il lorsqu’elle le quitte, ramenant toujours les choses à lui sans s’occuper des sentiments de sa femme).

Il n’est pas si facile de faire la part des choses entre ce qui relève d’une vision un peu datée (faute d’un autre mot) des femmes qui appartiendrait au Lubitsch de ce film particulier (ou à son diable misogyne ; voir cette séquence où il envoie aux enfers, sans autre forme de procès, une femme ayant montré ses jambes) et de la critique de son propre personnage car Lubitsch n’épargne pas Henry et en montre les ridicules (voir cette scène où il est humilié par une danseuse car lui aussi peut être pédant). Et ce d’autant plus que, comme on le sait, Lubitsch ne fut pas en mesure d’imposer la fin qu’il souhaitait où son personnage choisissait l’enfer pour s’y retrouver en meilleure compagnie, une fin qui aurait été toute lubitschienne. Cette chute effraya le studio par son amoralité joyeuse et une autre fin plus conventionnelle et morale fut tournée et montée dans la version exploitée. Je crois cependant que Lubitsch, bien que n’étant pas dupe de ses défauts, défendrait son personnage jusqu’au bout face à tous les cousins Albert hypocrites de la Terre, et que lui aussi aurait souhaité faire son dernier voyage vers l’autre monde dans une mer de champagne au son de La Veuve Joyeuse et au bras d’une belle jeune femme blonde. Au fond, ce qu’il nous disait ici, c’est que si être vertueux, c’est devenir comme le cousin Albert, alors au diable la vertu. Après tout, chacun peut avoir de l’enfer et du paradis sa propre vision, personne ne pouvant prouver qu’ils existent.

Strum

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21 commentaires pour Le Ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch : paradis ou enfer ?

  1. Marcorèle dit :

    J’adore ce film.

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  2. lorenztradfin dit :

    Un film que je n’ai pas revu depuis au moins 10 ans mais qui m’a enchanté dans ma jeunesse et que j’avais vu autrement avec des yeux plus ouvertes dans les années 90 à Paris….. Merci pour cette piqûre de rappel !

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    • Strum dit :

      Effectivement, c’est typiquement le film que l’on perçoit différemment selon l’âge auquel on le voit. C’est la troisième fois que je le vois et à chaque fois le film m’a fait penser à des choses différentes.

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  3. Bel analyse comme toujours qui me donne envie de revoir le film, Merci.

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  4. Martin dit :

    S’il t’inspire de nouvelles choses à chaque fois que tu le vois, l’ami, je n’ai qu’une chose à dire: vivement la prochaine ! 😉

    Cette très belle chronique me donne en tout cas une grosse envie de découvrir ce film. Merci ! Tu es l’un de ceux qui m’ont « entraîné » vers Lubitsch et, en attendant d’aller en enfer, je veux bien voir d’autres chefs d’oeuvre de ce genre et lire d’autres chroniques de ton cru.

    Donc : à bientôt !

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    • Strum dit :

      Merci à toi Martin. Comme je le dis souvent, quand une chronique plait, c’est grâce au film ; je ne suis qu’un émetteur renvoyant les message qu’il transmet. Il y aura d’autres critiques de Lubitsch sur ce blog, mais pas tout de suite. 😉 Vois le film en effet et dis-moi ce que tu en as pensé.

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  5. Pascale dit :

    Quel préambule tarabiscoté 🙂 Quant à toutes tes références, fruit de tes nombreuses lectures sans doute, je ne peux qu’acquiescer sans pouvoir prétendre le contraire. Je peux écouter B. Tavernier parler pendant des heures mais lire des analyses, des sommes sur les films ou le cinéma, je ne fais jamais ça. Je m’en tiens toujours à ma propre interprétation sans jamais (ou rarement) chercher à décortiquer tous les sens et sous-sens. Cela rend tes notes intéressantes évidemment mais j’avoue que je reste parfois sur ma fin (faim) par rapport au film et à la vision un peu « primaire » (et émotive) que j’en ai.
    Je ne l’ai vu qu’une fois il y a longtemps. Evidemment j’ai envie de le revoir à présent. Je crois me souvenir que j’avais été déçue compte tenu qu’il fait partie des chef d’œuvres incontournables et que j’en attendais beaucoup. Il m’avait un peu agacée même.
    Dans mon souvenir, je vois un tourbillon un peu superficiel.
    Gene Tierney est une de mes actrices préférées. Je la trouvais sous exploitée ici (sans doute le côté misogyne de Lubitsch que tu évoques si j’ai bien compris) et un peu nunuche.
    Et surtout je trouve que Don Ameche n’est pas un acteur qui imprime particulièrement la pellicule… Ce n’est pas l’idée que je me fais de l’homme séducteur irrésistible. Il est d’une fadeur !!! Il y avait d’autres acteurs à l’époque qui aurait fait des merveilles dans ce rôle il me semble. Pour moi, c’est un miscating qui nuit considérablement au film.
    J’aime énormément les acteurs. Leur choix et leur interprétation est essentielle pour me convaincre.
    Selon moi The shop around the corner lui est bien supérieur. Il y a James qui pouvait TOUT jouer.
    Mais je vais essayer de revoir ce Ciel peut attendre.

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    • Strum dit :

      Il est très clair mon préambule ! 🙂 C’est un film personnel et l’on peut penser que Lubitsch s’est beaucoup mis dans le personnage de Don Ameche, donc je mets Lubitsch en scène dans mon introduction. A mon avis, James Stewart dans le rôle d’Albert aurait été une erreur, en tout cas je n’aurais pas aimé l’y voir. Il a un visage trop sympathique pour ce personnage peu reluisant par certains côtés et pas toujours honnête. C’est un personnage assez particulier et ambigu qui ressemble peu aux personnages habituels de comédie. Don Ameche s’en sort bien je trouve, il est distingué et à la fois sympathique et antipathique. Reste qu’effectivement, comme le film est centré sur Albert, le personnage de Gene Tierney est un peu sacrifié, je suis d’accord. On la voit finalement peu. Mais c’est assez logique dans le cadre d’un tel film. Sinon, analyser les films, c’est ma manière de faire. Je réfléchis à haute voix au film pour mieux le comprendre, mieux comprendre aussi le réalisateur et les émotions qu’il met lui-même dans le film, ainsi que mes propres réactions/émotions. D’ailleurs, je ne vois pas de « référence »particulière dans mon texte (pour reprendre ton expression) à part celle en passant à Stanley Cavell (et à travers lui Emerson). Donc, rester à un niveau purement émotionnel ne m’intéresse pas beaucoup, de même que rester à un niveau purement descriptif (il y a des centaines de notules descriptives et informatives sur les films disponibles partout, à quoi bon en rajouter une sans essayer de réflechir sur ou avec le cinéaste et sans mettre un peu de moi dedans) ? Et puis, Le Ciel peut attendre est un film réflexif où Lubitsch jette un regard rétrospectif sur ses films et sa personnalité. Il en découle donc logiquement le genre de critique réflexive que je viens de donner. The Shop around the corner, que j’aime beaucoup aussi, est un film très différent, plus nostalgique et moins ambigü, qui ressemble assez peu aux autres films de Lubitsch.

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      • Pascale dit :

        Claire mais tarabiscotée quand même 🙂

        Désolée si je t’ai agacé. J’ai mal exprimé que je suis impressionnée (favorablement) par la qualité de tes notes mais… je m’y perds parfois.
        Je fais partie des centaines de ceux qui font des notules descriptives et émotionnelles. Sans vouloir me dénigrer ou chercher à ce que tu me dises l’inverse ( je suis une grande fille) je pense que tu dois me lire (parfois) par politesse. C’est très aimable à toi.
        Il faut toujours que je m’exprime sur ce qu’on ne me demande pas. Excuse moi. Loin de moi l’idée de critiquer la façon dont tu décortiques les films. J’aurais aimé pouvoir en faire autant mais je ne saurais pas et d’ailleurs je ressens une grande lassitude à parler des films que je vois et mes notes sont de plus en plus courtes et superficielles.

        Je suis d’accord sur le fait que James Stewart n’aurait pas convenu à ce rôle. Est ce que…
        mince j’ai oublié son nom*,
        avait l’âge à l’époque de ce film ? Il aurait été IDÉAL.

        *je vais chercher.

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  6. Pascale dit :

    Merci de ta bienveillance 🙂
    Tu as bien fait de me répondre, mais ça m’a embarrassée que tu te sentes obligé de justifier ta façon d’écrire sur les films.

    Je suis surprise que tu te sois aperçu de mon intérêt pour les BEAUX garçons. Je pensais faire cela tellement discrètement.

    Oui tant d’années de blog (12), tant de films… et encore, je ne chronique plus tous les films que je vois, certains devraient vraiment rester dans les cartons… et quand je tombe ou cherche une ancienne note, je m’aperçois que ce blog était plus drôle, plus vivant. C’était le bon vieux temps de l’insouciance. J’avais l’impression que ça avait un sens jadis. je ne le trouve plus vraiment aujourd’hui. Mais bon… 12 ans ont passé et… »J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie »…
    .Bon, je crois que je m’installer sur un divan 🙂

    Dorothy Arzner est une découverte au Festival de Lyon, grâce à ce grand fou de Tavernier. Je vais voir ce qu’il propose sans hésiter. Cette réalisatrice… une femme homosexuelle en 1932… tu imagines pourquoi ses films ne sont pas connus… fut une découverte exceptionnelle pour moi. Et ce Merrily we go to hell est un film que j’ai déjà vu trois fois et que je chéris grandement. Pas un chef d’œuvre, mais mieux que cela. Profond, drôle, intense, dramatique et adulte… Je ne sais si je me fais comprendre quand je dis ça. C’est une réussite totale avec deux acteurs éblouissants (avec en prime Cary Grant tout jeunot dans une toute petite scène). Je crois qu’il est introuvable en France. On me l’a offert pour un anniversaire. Quelqu’un a fouillé jusqu’aux Etats Unis. J’étais aux anges. J’aimerais que tu le vois car tu en ferais un article étincelant car je ne doute pas un instant que tu adorerais. (Et Fredrich March est TRES beau, un petit côté Gene Kelly je trouve… Et Sylvia Sidney est CRAQUANTE)
    https://www.google.fr/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwidrf2oj4vcAhUMuhQKHQeZAccQjRx6BAgBEAU&url=https%3A%2F%2Fwww.pinterest.com%2Fpin%2F533606255826709722%2F&psig=AOvVaw0kTbeMnPufWSZLr8AYAsPn&ust=1530988633437390)

    Je crois que je vais m’offrir un coffret Ernst. J’ai creusé. Il est mort bien jeune !

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    • Strum dit :

      Le « sens » dont tu parles, c’est celui du plaisir d’écrire, car c’est d’abord pour se faire plaisir qu’on tient un blog. Ce plaisir d’écrire reviendra forcément et tu le retrouveras sans doute plus vite si tu écris sur les films que tu aimes plutôt que sur les films qui t’énervent. 🙂 Merci pour Merrily we go to hell, tu me donnes très envie de voir le film.

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  7. Ping : Sérénade à trois (Design for living) d’Ernst Lubitsch : une femme, trois hommes, mais deux choix de vie | Newstrum – Notes sur le cinéma

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