On ne joue pas avec le crime de Phil Karlson : jeu d’artifices

5 agsint the house

« The biggest little city in the world » : c’est ce que proclame la banderole flottant dans la rue principale de Reno au Navada, prétendue petite soeur de Las Vegas. « The greatest small film in the world » : c’est ce que n’est pas On ne joue pas avec le crime (5 Against the House) (1955), série B de Phil Karlson qui marque une des premières apparitions de Kim Novak au cinéma. Cette histoire d’étudiants en droit, parmi lesquels deux anciens de la guerre de Corée, tentant de réaliser un hold up au Harolds’ Club, un casino de Reno, ne manquait pourtant pas de charme sur le papier. Le film est d’ailleurs un déconcertant mélange de plaisanteries de collégiens, de scènes évoquant les traumatismes du vétéran Brick (Brian Keith), et de film de casse (un des premiers du genre). Mais deux défauts rédhibitoires rendent l’ensemble assez médiocre.

D’abord, une interprétation déficiente. A part Brian Keith, et dans une moindre mesure Guy Madison, qui joue l’homme droit et responsable du petit groupe, personne ne semble vraiment habiter son personnage. Kim Novak est très belle bien entendu, mais son rôle est d’un intérêt limité et elle semble mal dirigée dans certaines scènes. Kerwin Mathews et Alvy Moore qui complètent le groupe des cinq sont peu convaincants et récitent leurs dialogues sur un ton monocorde, conséquence peut-être d’une post-synchronisation dénuée de spontanéité.

Ensuite et surtout, un scénario qui empile différents sujets en ne faisant que les survoler et dont les développements laissent sceptique : Kaye hésite à s’engager avec Al pour une raison spécieuse, on n’en saura guère plus sur le passé de Brick qui passe en quelques jours de sympathique ami à psychopathe, Ronnie étudiant en droit bien sous tous rapports décide sans raison de commettre un hold up (pour répondre à un malaise existentiel ?). Faute d’approfondir ces idées, de les avoir suffisamment travaillées pendant la phase d’écriture du scénario, toutes apparaissent fonctionnelles et artificielles. C’est que le cadre narratif par nature modeste et rapide d’une série B ne saurait recevoir et traiter autant de sujets à la fois. Chacun aurait pu donner naissance à un film autonome. Il eût fallu aller à l’essentiel et construire des personnages crédibles, ce que savent habituellement faire les bonnes séries B et ce que peine à proposer ce film malgré une certaine originalité et une confrontation finale non exempte de suspense.

Strum

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7 commentaires pour On ne joue pas avec le crime de Phil Karlson : jeu d’artifices

  1. Connu pour une poignée de westerns et de films noirs, Phil Karlson a une longue filmographie des amateurs de la Série B. La cinémathèque Française lui a même consacré une rétrospective en 2014. Personnellement, je ne connais que le Quatrième Homme (Kansas City Confidential) qui est aussi, il me semble, son film le plus connu.

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    • Strum dit :

      Je le connaissais également pour le Quatrième homme que je possède et par lequel j’aurais peut-être du commencer. J’ai regardé celui-ci grâce à ou plutôt à cause de Kim Novak.

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  2. Oups, « filmographie appréciée des amateurs de séries B. »

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    • Strum dit :

      Je n’avais même pas fait attention, mon cerveau corrigeant à la lecture pour moi. Il faudra que je prenne la peine de regarder Le Quatrième homme pour compenser cette critique un peu dure et en espérant ne pas aggraver mon cas. 🙂

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  3. la scène du braquage est réputée…une bonne série B,
    non sans défaut..mais on en reparlera..

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  4. Pascale dit :

    Contente malgré tout pour une fois de ne pas avoir envie 🙂 je n’aurais jamais assez de temps pour combler mes lacunes.
    Kim Novak n’est pas une actrice exceptionnelle il me semble.

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    • Strum dit :

      Ah oui, ce texte n’était pas destiné à donner envie. 🙂 En effet, pour Kim Novak, et Hitchcock eut pour elle des propos peu amènes et même injustes au regard de ce qu’elle montre dans Vertigo.

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