Parasite de Bong Joon-ho : discours dans un souterrain

parasite

Parasite n’est probablement pas le film le plus achevé de Bong Joon-ho, ni le plus à même de définir la singularité de son cinéma, mais il réussit ce même prodige de passer de la farce au drame qui caractérisait Memories of Murder et The Host. Si la tragi-comédie est un genre alors Bong en a inventé un nouveau, une sorte de comi-tragédie. Il en éprouve ici la pérennité dans le cadre d’une comédie noire plus populaire, du moins plus accessible, que ses précédents films. Cela ne va pas sans certaines facilités accessoires de la satire et l’on peut trouver que les membres de la famille de Ki-taek (Song Kang-ho, acteur fétiche) bernent trop aisément les candides parents (en particulier la mère au foyer) de la riche famille Park dans le premier tiers du récit, qui voit les premiers, fils, fille, père, mère, dans cet ordre, devenir employés dans la luxueuse demeure des seconds. Toutefois, la virtuosité du découpage de Bong, et son montage parallèle montrant d’un côté Ki-taek répétant son rôle de chauffeur attentif au bien-être de ses patrons, et le même jouant son personnage à la perfection pour faire embaucher sa propre femme en tant que gouvernante, déclenchent plus d’une fois l’hilarité du spectateur heureux de la réussite des personnages comme de celle du cinéaste.

A ce stade du récit, on est enclin à croire que l’on peut mesurer les limites de cette comédie sociale noire (poursuivant en Asie la veine de la comédie à l’italienne car il y a du Comencini ou du Monicelli ici, en plus inquiétant), qui semble nous dire, ce qui serait déjà beaucoup, que pour réussir dans la vie, il faut jouer un rôle (ainsi les Kim jouant le rôle de leur emploi), écrire le scénario de sa propre réussite, afin de finir par croire à son propre personnage. Celui qui réussit socialement serait celui qui après avoir écrit son propre rôle (comme le fils), ou après avoir mis en oeuvre son propre plan (comme le père), ne douterait plus de lui-même et de l’organisation juste de la société, ayant même oublié, comme le riche Park, que tout repose à l’origine sur une fiction, sur des écrits organisant socialement et économiquement la société. Si Bong parvient à surprendre ensuite son spectateur, ce n’est pas seulement parce que c’est un scénariste exceptionnel dont les films sont imprévisibles, mais aussi parce qu’il organise à l’intérieur du récit un partage visuel équilibré entre ce qui relève de la métaphore et ce qui relève du récit de surface. Ajoutons que les métaphores sont multiples et que chacune est l’écho d’un partage de l’espace à l’écran.

Le premier partage, et donc la première métaphore, est verticale : la famille Kim vit dans un souterrain étroit tandis que la famille Park habite cette immense demeure pourvue d’espace. Aux pauvres, le souterrain confiné où vivent les cafards, aux riches l’espace sans mesure à la surface de la société. Ce « partage du sensible » (comme dirait Jacques Rancière), Bong en rend très bien compte visuellement dans une scène ultérieure où après une inondation, la famille Kim dort dans un gymnase sans espace où s’entassent fripes et familles à la rue, tandis que suit immédiatement après l’image de la résidence aux grands espaces vides. Peu avant, les Kim avaient regagné leur souterrain pour en sauver ce qui pouvait l’être pendant le déluge et Bong avait filmé en plans très larges leur descente sous la pluie diluvienne au sein de la « ville d’en bas » en suivant une suite d’escaliers se frayant un chemin au milieu des ordures – une belle idée de cinéma car l’échelle de plan choisie pour filmer les personnages, vus alors en tout petits, les rend à leur état de cafards sociaux dès lors qu’ils sortent de la résidence luxueuse du dessus. Cette organisation de l’espace du bas vers le haut et du haut vers le bas, ainsi que la métaphore du cafard renvoient, à l’instar du ton très singulier trouvé par Bong dans The Host (pas tout à fait réédité ici), à Kafka et à son sentiment d’être coupable d’exister. Jouer sur les échelles de plan a toujours été un privilège de l’art baroque, au cinéma ou ailleurs, et Bong est un cinéaste baroque.

Le vitalisme des Kim, et la réussite comique initiale de leur entreprise, semblent pourtant bien peu kafkaïennes a priori. Pourtant, et sans trop en dire pour ne pas déflorer l’intrigue, Bong a l’idée géniale d’imaginer l’existence d’une autre famille pauvre, d’un autre souterrain concurrent, propre à diluer ce vitalisme en impuissance. La pauvreté touche diverses familles mais elle advient toujours dans un souterrain de la société, invisible aux yeux des plus riches qui restent à la surface sans connaître le passage vers le monde d’en bas dont l’accès leur resterait (littéralement) fermé. Et la concurrence au sein des souterrains de s’organiser farouchement pour la survie des uns et des autres.

La satire permet de dire certaines choses en forçant les plis du discours sans manichéisme, travers que l’on pourrait craindre à la lecture de ce qui précède. Bong y échappe grâce aux vertus de la satire et parce qu’il n’idéalise pas les Kim, qui n’ont que tardivement des scrupules, à moins que ce ne soit surtout des inquiétudes, lorsque leurs manigances tournent mal pour plus démunis qu’eux. A chacun son parasite (sans doute l’idée clé du film, chaque « possesseur » de la maison s’en trouvant ainsi affublé, les Kim compris), dans un jeu de renvois ou de contaminations sans fin dont la résidence luxueuse, symbole d’une richesse convoitée, est le centre. Visuellement, Bong filme aussi des couloirs qui peuvent être pris comme des portes d’accès entre la strate du bas et celle du haut de la société, des tables ou des lits sous lesquels les Kim ne cessent de se dissimuler dans la maison, ce qui redouble le discours sur l’invisible opposé au dicible (on peut cacher les pauvres mais non pas les empêcher de discourir par les ressources de la fiction ou d’essayer de se connecter au champ du savoir commun grâce à la Wi-Fi), greffant à son fait divers la doublure de la fable, tout en donnant corps à un discours sur la lutte des classes moins rigide, moins stérile et plus complexe, que celui de Snowpiercer où les wagons du train figuraient la société sur un plan horizontal.

Le dernier tiers du film trace un horizon qui ne semble avoir pour débouché que celui d’une révolte sociale improvisée à force d’humiliations (lesquelles passent par le confinement comme par le discours, ainsi Park parlant des mauvaises odeurs, ce qui ne manquera pas de faire penser à certains discours politiques). A cet égard, le film résonne avec l’actualité que nous connaissons, dans notre pays et dans d’autres, les métaphores devenant allégorie, le rôle du parasite devenant différent en fonction du point de vue selon lequel on se place dans la société. Pour autant, s’il accède à une forme d’universel, s’il devient film de notre temps, c’est d’abord en parlant des particularismes de la Corée. Car, et c’est une autre métaphore possible, le second souterrain du film, qui est un abri anti-nucléaire, de même que les lignes désignées par Park à son chauffeur comme ne pouvant être franchies, peuvent tout aussi bien s’appliquer à la division séminale qui prévaut encore aujourd’hui entre Corée du Sud et Corée du Nord, dont le leader est d’ailleurs cité et tourné en dérision dans le film. A cette aune, chaque coréen se retrouve contraint de ne pas dépasser certaines lignes, ce qui accentue le maillage de leur société. Bong a d’ailleurs affirmé qu’il réaliserait un jour un film sur la guerre de Corée.

L’émotion que dispense in fine le film, contre toute attente au vu de ses prémisses satiriques, est la preuve ultime de sa réussite, de sa capacité à entremêler plusieurs métaphores possibles sans entraver la conduite d’un récit souvent drôle (mais d’un drôle grinçant, comme le grincement d’une charnière de porte), sans peser sur le contour des personnages dessiné par le cinéaste. Du grotesque, Bong dégage le pathétique ; du pathétique, Bong fait voir la tristesse, comme à la fin de The Host. Sans doute, ce foisonnement peut créer ici un sentiment de trop-plein mais le jeu de massacre sans issue que l’on pouvait redouter à un moment n’advient pas, du moins pas sans morale. Car derrière la fable noire et drôlatique sur la lutte des classes, se lit une autre histoire, celle d’un fils qui veut réussir pour faire la joie de son père et lui promet qu’il y arrivera d’une manière ou d’une autre. Derrière l’allégorie, la vérité humaine. Quel sera le lieu qui sera le gage de cette réussite, quelle sera l’aune qui la déterminera ? Elle se mesurera en fonction d’un lieu, car c’est le lieu qui résume une vie (et en fonction de la fiction qui sera écrite pour dire le sens de la vie – ainsi le fils écrivant). Ce sera donc une maison, qui sera filmée par Bong avec la gestion de l’espace qui lui est coutumière et qui lui vient sans doute de la vision qu’il se fait de l’organisation de la société dont il rend compte depuis ses débuts. A cette maison un souterrain fera-t-il toujours écho, où l’on trouvera toujours un prisonnier oublié là depuis des années, comme un maillon indissociable, comme un enfer qui est la fondation du paradis, les deux, maison du haut et souterrain, étant pris dans les rainures de cercles superposés ? Il y a toujours une présence qui hante les films de Bong. Le dernier plan, qui fait écho au premier et éclaire d’une autre lueur ce qui précède, donnant au film la configuration d’un récit se répétant possiblement à l’infini, nous donne un début de réponse. Si les métaphores du film sont multiples, la position du parasite (le titre au singulier le dit) est une. Mais comme souvent chez Bong, la clé de l’énigme pour sortir du cercle reste introuvable, de même que demeure insondable cette étrange pierre plate portée par le fils et qui s’attache à lui comme une malédiction.

Strum

PS : Parasite a reçu la Palme d’or au festival de Cannes 2019. Une consécration méritée pour ce grand cinéaste.

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36 commentaires pour Parasite de Bong Joon-ho : discours dans un souterrain

  1. princecranoir dit :

    J’aime cette idée que Bong développe, au regard de la logique de l’économie de marché qui a prévalu à l’essor du pays, qui consiste à écrire son destin, quitte à le fictionner, quitte à gruger la société. Les mondes souterrains ici décrits participent à cette logique du surgissement, qui peut vriller autant qu’il peut élever socialement. Il y a quelque chose d’habité dans le cinéma de Bong Joon-ho, voire de hanté (déjà Memories mais aussi Mother). Il exprimé ici toute sa puissance car, contrairement à Snowpiercer (dont le style lorgnait davantage sur grotesque absurde à la Gilliam), il n’est pas ici contraint par une œuvre source.
    S’il n’est le meilleur Bong Joon-ho a ce jour, il se place parmi ses réussites incontestables.
    Superbe article Strum, je me retrouve dans l’ensemble de tes arguments solident étayés.
    Juste une chose : sauf erreur, Ki-taek est le prénom du père. La famille je crois sappelle Kim (mentionnée au tout début du film).

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    • Strum dit :

      Merci ! C’est vrai, il y a quelque chose de hanté dans son cinéma, par une présence indicible que l’on retrouve souvent. Tu as tout à fait raison, la famille de Ki-taek s’appelle Kim et je vais préciser cela.

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  2. Félix dit :

    Très chouette article, Strum !

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    • Strum dit :

      Merci Félix, c’est sympa ! 🙂

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      • Félix dit :

        J’aime que tu finisses par mettre en avant cet aspect-là : « derrière la fable noire et drôlatique sur la lutte des classes, se lit une autre histoire, celle d’un fils qui veut réussir pour faire la joie de son père et lui promet qu’il y arrivera d’une manière ou d’une autre. »

        Le film ne m’ayant pas beaucoup touché, bien qu’il soit extrêmement plaisant à voir (on comprend aisément l’emploi du terme « jubilatoire » dans ce cas présent), j’aime me raccrocher à cet aspect qui, notamment parce que le film se termine là-dessus, me semble sans doute un point essentiel. Ça me rend toute cette histoire plus poignante.

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        • Strum dit :

          Exactement. Je ne suis pas très amateur des fins successives en général, mais ici l’épilogue est très beau et éclaire tout ce qui précède d’une autre manière (notamment le premier plan vu du souterrain et le dialogue au gymnase entre le père et le fils). Du coup, on sort du film en pensant à cette fin poignante sans laquelle le film n’aurait pas cette force.

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  3. Pascale dit :

    Je suis d’accord les Park se laissent un peu trop facilement berner mais on l’oublie.
    Je crois que les riches ne veulent pas voir le monde d’en bas et d’ailleurs ils ne le voient pas. Je trouve le « Ça a fait du bien cette petite averse » de la mère, encore plus méprisant et méprisable que les remarques du père avec sa ligne à ne pas franchir et ses odeurs…
    J’espère que ceux qui n’ont pas vu le film ne détecteront pas tes multiples spoilers souterrains…
    Merci de parler longuement de cette scène que je trouve sublime (visuellement) et où je trouve que les Kim boivent leur honte (Il me semble). Ces escaliers, cette course, cette lumière… magnifique.

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    • Strum dit :

      Moi aussi, j’aime énormément cette scène ù les Kim descendent les escaliers sous le déluge. C’est formidablement filmé. C’est la première fois qu’on les voit rentrer chez eux et tout est dit par la caméra. Sinon oui, j’ai essayé d’éviter au maximum les spoilers en faisant des allusions plutôt que des révélations.

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    • princecranoir dit :

      Sans parler du « faites moins de bruit, il dort encore » dans ce plan formidable de contre-plongée dominé par le tipi du gamin !
      La scène de l’escalier est monumentale, et particulièrement marquante car pour la première fois peut-être dans le film, Bong peut retrouver son sens des échelles de valeurs (qu’il avait si bien utilisé dans « The Host », cf l’excellent article de Strum, de mémoire) après un long temps de confinement dans le vivarium des Park. Ki-woo qui s’arrête, qui contemple le torrent qui dévale sous pieds en même temps que leur plan dégringole, c’est à la fois pathétique et touchant. Il est le personnage le plus sensible du groupe.

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      • Strum dit :

        Oui, en fait, la scène des escaliers est peut-être « la » scène (plus encore que celle précédente de la « découverte ») qui fait basculer le film dans une autre dimension.

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        • Pascale dit :

          Rien que pour cette scène prodigieuse j’ai envie de revoir le film. Non seulement visuellement c’est une splendeur mais en plus les Kim qui viennent de se sortir d’une situation humiliante ne parlent pas tout de suite (je crois), n’évoquent pas cette nouvelle galère.
          Et cette fin !!! J’adore quand on nous montre ce qui n’est pas encore arrivé.

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  4. Carole Darchy dit :

    Merci pour cette très belle critique…. Je vais aller voir le film … j’attendais ton avis pour me décider 😉
    Sur ta page Facebook il me semble (mais je me trompe peut-être) que tu as écrit que c’est la meilleure palme d’or depuis longtemps ?
    Le Kore-Eda de 2018 n’était pas mal du tout … En tous les cas, le cinéma extrême-oriental est à l’honneur !

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    • Strum dit :

      Merci Carole. A vrai dire, en écrivant cela sur Facebook, j’avais complètement oublié le Kore-eda qui n’est pas moins bon que le Bong ! Ce sont en revanche deux films, et deux cinéastes, fort différents. Curieux de connaître ton avis sur le Bong qui est un cinéaste assez unique, ne faisant pas toujours dans la finesse, mais au talent fou.

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  5. Très belle critique ! La force de ce film est bel et bien sa « vérité humaine », qui surgit sans crier gare dans l’épilogue. Bong mélange les genres avec une facilité déconcertante, et c’est bien là qu’il nous surprend le plus, en nous faisant passer de l’hilarité à l’effroi, pour finir par nous dévaster émotionnellement. Quel grand cinéaste, quel grand film !
    Merci pour ton passage sur mon blog, à très bientôt ! 🙂

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  6. Ping : Parasite | Malaise chez les Park – Le dragon galactique

  7. DIVINE dit :

    AtTENtION SPOIL ne pas lire si vous avez pas vu le film… merci pour ton analyse. Personnellement pour moi l’épilogue est très triste… Au vu du ton du film, il me parait clair que ce dernier plan d’ascension social (achat de la maison) menant à la libération réel du père de sa condition de Looser, Parasite n’aboutira jamais… le fils et sa mère on perdu deux membres de leur famille pour avoir souhaiter gravir les marches sans y être invité… Le parasite reste un parasite… pour moi c’est une critique de l’ordre social très forte (thème récurrent chez Bong) car omniprésente tout le film mais à chacun son interprétation. J’ai vu tout les films de Bong sauf Barking dog et revu Memories of murder récemment j’ai adoré mais le contenu métaphorique de Parasite me semble énorme comparé aux reste de ça production… Ce film va me hanter un bon moment il me semble… Je n’ai pas souvenir d’avoir vu un film ou ne réalisateur ne prend si peu parti pour les uns ou les autres mais montre si bien et en finesse, poésie cette réalité de l’inégalité… dans un contenu qui au finale pourras sembler à certains très fictif… Bong est très fort je trouve pour cela, ne pas réduire un scénario avec les bons et les méchants mais très intelligemment induire par la mise en scène, le cadrage, le son, le tempo, quelque dialogues… une complexité qui pourra échapper à certains car ces films, son art a aussi quelque chose de très populiste, facile… parce beau et parfait par leur réalisation.
    Ce qui est génial chez Bong c’est pour moi le sentiment que rien n’est là par hasard, qu’il sait et réalise un film avec une grande précision sur tout les plans (un perfectionnisme à la Kubrick, mais pour moi un scénariste, conteur bien plus captivant et original)… avec en plus toutes cette palettes émotions où il nous mène par le bout du nez. merci Bong… merci à vous de m’avoir lu. Mon premier commentaire sur un film, le mien, humblement et ouvert aux échanges. Bonne journée Simo

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    • Strum dit :

      Merci pour ton commentaire. Le film est à la fois une critique et un état des lieux, comme Bong l’a fait durant toute sa carrière. Peut-être l’influence, entre autres, de sa formation de sociologue. Concernant l’épilogue, effectivement, il y a de fortes chances que le rêve du fils ne se réalise jamais et c’est ce qui le rend triste. En même temps, ce rêve lui donne une raison de vivre et c’est ce qui le rend beau.

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  8. divine dit :

    SPOIL = Merci pour ta réponse, j’ignorais que Bong avait une formation de sociologue.
    J’aimerai évoquer quelques éléments qui m’ont particulièrement captivé où troublé, au delà de certaines choses qui tu as déjà pointé. Il y a ce personnage du père jouer à la perfection par son acteur fétiche, qui a échoué dans son plan d’ascension (commerce de crevette en Thaïlande je crois, et qui est le même plan raté du personnage caché dans le bunker, le fantôme !, ce qui est crée un lien une notion d’alter ego très forte entre lui et le fantôme dès la scène de la rencontre, découverte du bunker). Ce père qui s’enthousiasme dès que son fils parait avoir un plan d’ascension, de carrière (au début du film) puis l’évolution, le discours du « fantôme » très beau mais aussi terrible pour moi qui est celui de l’acceptation de son état de parasite… et qui est en gros = Je n’aurai pas de retraite…, je n’aurai que l’amour… je suis heureux ici, laisse moi vivre ici sans plan, sans lumière… heureux, sans espoir, encore humain? fou?… le père après cela et l’inondation n’est plus le même… il a un plan? cela a surtout mit à jour ce qui est en lui depuis toujours ça colère contre l’injustice mais aussi l’abandon (le dialogue avec son fils dans le gymnase « le NO plan, No déception)… son rapport à l’odeur, la sienne, celui des pauvres, le dégout que celle ci inspire à ceux d’en haut… la critique, le peu de respect que lui porte sa femme lors de la nuit chez les Park (on peut être à la place des riches, dans leur salon, l’odeur reste, la condition dans laquelle on est née demeure)… le déclencheur de sa catharsis, le meurtre de son patron = l’odeur… et l’enfant ne ment jamais toute la famille Kim a cette odeur! Finalement le père après son crime, retourne là d’où il viens… là où il sensé être… et il le sait… il sera le parasite à son tour, celui qui accepte sa condition sans espoir de l’améliorer mais se contentant de celle ci (pour mon interprétation).

    Le fils, qui n’hésite pas à trahir son ami qui lui a fait confiance, en tombant lui aussi amoureux de l’étudiante et planifiant la même chose que son ami, la marié… Le fils qui dès le début du film nous apprend qu’il se considère comme un raté (la honte de recevoir son ami chez lui, le peu de confiance en lui quand son ami lui fait la proposition de le remplacer, lui même se déclarant ironiquement un raté…). ce fils qui souhaite grimper les échelons, prêt à tuer les deux prisonniers du Bunker pour sauver » sa famille. Ce fils qui a l’épilogue nous montre tous son amour pour son père. Bref ce personnage est aussi très réussit.

    J’ai été bouche bée de la scène de la sortie du fantôme. Le plan ou il assène un deuxième coup de pierre « maudite » au fils ma surprit et dérangé… je ne m’attendais pas à voir Bong faire cela… oui ça m’a choqué… de la violence gratuite chez Bong me suis je dis?! Alors est ce justement pour cela qu’il la fait… ? c’est aussi l’ouverture de la scène où culminera justement la violence, la colère, le mépris, l’injustice, l’enfant brisé, l’amour brisé, la soeur et le père riche tuer… mais deux coups de cette maudite pierre ne l’auront pas tuer lui ? justement… ne faudrai t’il pas mieux qu’il soit mort comme sa soeur… en martyr inconnu, symbole de l’impuissance de s’élever par la fortune, le consumérisme, l’imposture… la pierre, elle symbole de prospérité (mais au effet finalement inverse = est elle destiner à aider cette famille? encore de la fatalité…) retourne à sa vie normal après avoir semer le chaos chez les hommes? et le fils qui y croyait tant aux pouvoirs de cette pierre lui continue t’il vraiment à y croire alors que c’est lui qui s’en sépare…? Ou finalement a t’il décider d’abandonner mais de doucement se raconter des rêves qui n’arriveront jamais pour pouvoir juste survivre en tant qu’être humain (comme tu dis = une raison de vivre!) ?

    voilà, il y a encore tant de choses qui m’ont touchées et interpellées dans ce film…
    encore bravo.

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    • Strum dit :

      Effectivement que de spoilers ! Je ne pense pas qu’il y ait des réponses à toutes les questions que tu te poses. Il en va généralement ainsi chez Bong parce que c’est un cinéaste honnête qui sait que certaines questions sont destinées à rester sans réponse même si la condition humaine oblige à les poser.

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  9. divine dit :

    Oui pardon pour les spoils, tu peut effacer mon commentaire si tu veut ça ne me dérange pas, vraiment!… sinon quoi de dire de plus « c’est un cinéaste honnête qui sait que certaines questions sont destinées à rester sans réponse même si la condition humaine oblige à les poser » . Oui, reste que très peu de film actuel pose de telles questions et de façon si intelligente … Sinon je suis d’accord, Je ne cherche pas de réponse clair et j’accepte personnellement avec joie qu’il n’y en ai pas . En tout cas je trouve génial que ce réalisateur ai du succès car comme tu dit il est honnête et arrive à produire son oeuvre sans (trop!?) de compromis artistique. Je suis toujours étonné de voir des réalisateurs réussir à ce frayé un chemin propre et profond dans les méandre du business ciné actuel. Bong a, est un nom du ciné depuis un moment, j’espère qu’il va nous faire encore pleins de films!
    Sinon je découvre ton blog et ton écriture, contenu, c’est enrichissant merci!

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  10. Ping : Parasite | Coquecigrues et ima-nu-ages

  11. Marcorèle dit :

    Bel article, comme à l’accoutumée. 😉

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  12. eeguab dit :

    Excellent article, pas une surprise chez toi. Je serais totalement incapable de écrire autant. Mais ej m’y retrouve. J’ai aimé la géographie de Bong et ces strates familiales et sociales pour une palme à mon avis méritée. Je n’avais vu, et aimé, que Memories of murder.

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  13. Ping : La Servante de Kim Ki-young : (ni) responsables, (ni) coupables | Newstrum – Notes sur le cinéma

  14. Carole Darchy dit :

    Quel film !!!! Un film complètement à part ! Je pense que c’est la première fois que j’ai hurlé au cinéma tant j’ai été surprise par la lutte entre ces deux familles des bas fonds.
    Même si le film est excellent et bien servi par des idées géniales (celle des indiens, de cette énorme pierre par exemple), des scènes extraordinaires (celles des escaliers, de la pluie, les vies souterraines, le gamin, …) et de bons acteurs (je pense aux 4 acteurs Kim et le père tout particulièrement ), il y a des choses qui ternissent un peu le film de mon point de vue comme l’incrédulité des Park, la facilité avec laquelle toute la famille réussit à s’incruster et à jouer des rôles de personnes parfaites alors qu’elles sont présentées comme des ratés de première dans leur sous sol sordide … Je n’ai pas trouvé cela crédible tout comme ce retour inopiné de week-end, cet Anniversaire …même si le père Kim qui « n’a pas de plan » sauve sans doute la scène.
    C’est un peu dommage …La fin du film après l’anniversaire est splendide.

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  15. Carole Darchy dit :

    Même s’il existe dans le film une verticalité : un monde souterrain, les bas fonds, à l’opposé de la maison des Park dans les hauteurs de la ville, il y a néanmoins un traitement de l’horizontalité que j’ai beaucoup aimé dans le film : la longue fenêtre des Kim qui donne sur le caniveau versus l’immense baie des Park donnant sur leur pelouse ! J’ai aimé la manière dont les Kim regardent évidemment différemment depuis ces deux lieux l’extérieur : d’un côté l’ivrogne ou la pluie suscite toujours l’irritation, depuis chez les Park, les Kim rêvent et sont détendus (pour un temps bien sûr) … La vue si différente depuis une même fenêtre, une baie très large : chez des pauvres ou des riches

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