Le cinéma contre le confinement

Le confinement que nous vivons n’est pas seulement une contrainte physique imposée par la situation sanitaire. Ce peut être également un état d’esprit, une prison mentale, une obsession d’autant plus présente qu’elle est insidieuse, s’immiscant par toutes les brèches que nous laissons inconsciemment ouvertes dans notre esprit las, repu d’informations et d’injonctions. Le cinéma, cette lucarne vers un ailleurs, cette rampe de lancement du rêve, peut être une échappatoire au confinement, fut-elle brève. C’est pourquoi les films qu’il serait préférable de voir aujourd’hui sont précisément ceux qui ne parlent pas de confinement, qui n’ont pas le confinement pour objet, qui s’occupent de visions d’absolu, qui sont traversés par des souffles de liberté. Qui haussent les épaules devant la perspective d’un enfermement. Qui nous libèrent de l’obsession du confinement.

Il faut contingenter le confinement, lui ôter ce qu’il peut avoir d’angoissant, le réduire à sa dimension pratique, monotone, médiatique et temporaire. Il est là aujourd’hui, il disparaîtra demain, tandis que nous serons toujours là. Le confinement est un fait incontestable alors ne le contestons pas plus que l’écoulement du jour, de l’aube au soir. Mais ce confinement contre-nature n’a pas d’intérêt en soi (sinon celui de nous avoir conduit à la réalisation de notre dépendance économique, qui résulte de notre externalisation de moyens de production de produits de première nécessité, ainsi les masques de protection, afin de réduire les coûts de la chaîne de valeur : il faudra remettre en question cette idéologie ayant sous-tendu le développement de la mondialisation ces dernières décennies – mais c’est un autre sujet). Notre monde intérieur doit être plus fort que le confinement. Le confinement n’est qu’un cadre, comme l’encadrement d’un écran de toile : au devant s’étend l’espace étoilé de l’absolu, à portée de notre esprit. Le cinéma, arme absolue contre le confinement.

Strum

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17 commentaires pour Le cinéma contre le confinement

  1. Le cinéma est une échappatoire mais également les livres, la musique, et la plupart des arts, qui nous sortent de nous-mêmes et nous font voir nos vies sous un autre angle …

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  2. Le cinéma oui mais également les séries, la lecture, le travail, la cuisine, la musique et tout autre chose qui nous fera plaisir de faire et nous permettra de penser à autre chose. Et peut-être avec un peu de chance que ce que nous apprendrons sur nous et les autres durant le confinement nous servira ensuite 😊

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  3. C’est pourquoi les films qu’il serait préférable de voir aujourd’hui sont précisément ceux qui ne parlent pas de confinement, qui n’ont pas le confinement pour objet : Je ne suis pas d’accord avec toi Strum, au contraire. Pendant des moments intenses et difficiles, j’aime bien voir des films ou lire des livres (l’expérience est assez semblable) qui parlent justement de cette situation. Je ne sais pas pourquoi, soit pour ressentir plus profondément ce qu’ils veulent exprimer, soit pour explorer encore plus le sentiment qui me travaille, soit, aussi, pour relativiser en me disant qui’il existe des situations similaires mais encore pires que la mienne, que je ne suis pas le plus malheureux.

    En cas de chagrin d’amour, je lis On ne badine pas avec l’amour en particulier l’acte II scène 5), pendant mon service militaire, lorsque j’étais coincé au régiment pendant les weekend de Pâques, j’ai lu, par le plus grand des hasards – je ne savais pas de quoi il s’agissait – Le désert des tartares de Buzzati.

    Et pendant le confinement, j’ai relu (cette fois en connaissance de cause car je l’avais déjà lu) Ajournal of the plague year. Un livre excellent et terrifiant à la fois (que je recommande chaudement).

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    • Strum dit :

      Ce bref texte de réaction est fait pour réagir, donc je comprends très bien ta réaction, qui représente d’ailleurs la réaction ultra-majoritaire si j’en juge par le fait qu’en effet la plupart des gens lisent et voient des films sur le confinement. Moi, j’ai besoin de respirer, sinon j’étouffe. Alors parler tout le temps de confinement, ou réfléchir à soi à partir du confinement, alors que nous sommes précisément entourés par ces questions et cette situation, non merci. Le confinement est une situation extra-ordinaire, temporaire, contre-nature ; pour moi, il n’y a pas besoin de réfléchir outre mesure à cet état sinon pour s’interroger sur notre dépendance économique que démontre le manque de produits de base.

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  4. Martin dit :

    Merci pour ce joli texte, Strum. J’espère que tu nous reparleras vite des films que tu as aimés.

    Ces prochains jours, j’en ai repéré quelques-uns qui parlent de confinement. Mais je ne les ai pas encore regardés… on verra bien si je m’y décide finalement ou si je laisse tomber pour en choisir d’autres.

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  5. J.R. dit :

    Le cinéma et la lecture en tous cas m’aident à échapper à l’information en continu, on devient vite addict, et quand ça ne boucle avec un seul thème entêtant c’est dangereux pour l’esprit.
    Mais lorsque je regarde un film aujourd’hui, que je vois les gens aller et venir où ils veulent, ça m’émeut. Je suis étonné que le gouvernement puisse lever aussi facilement notre droit de circuler. Bien entendu je peux comprendre cette nécessité, par contre me prendre pour un enfant, et ne me dire qu’au jour le jour combien de temps je vais rester cloîtrer là, ça m’ennuie… mais on est hors sujet.
    Voici la sélection du festival de Cannes 2021 :
    Pandemia de Steven Soderbergh
    Soixante jours avec Louloute, Pépère et Biloute de Bruno Dumont
    Je ne peux plus voir la mer de Jia Zhangke
    Le réfugié confiné de Jacques Audiard
    Virus de Lars von Trier
    Seul de Amos Gitaï,
    Je n’en peu plus de moi-même, histoire de ma quarantaine de Nanni Moretti (prête-nom de Woody Allen)
    Attestation Dérogatoire de Fabien Onteniente (prête-nom de Roman Polanski)
    L’Amour en Face Time de Christophe Honoré
    J’ai éteint la télé de Jean Luc Godard
    Pour moi rien à changé d’Alain Cavalier
    Mon médecin m’a dit des frères Dardenne
    Sortez-moi d’ici! d’Albert Dupontel
    Soixante jours avec toi de Eva Husson
    Hors Compétition :
    Nom de code Covid19 de Ron Howard
    Restez chez vous! de Steven Spielberg

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  6. Pascale dit :

    Et bien moi et malgré ma nature anxieuse et hypocondriaque, je suis en train de relire La peste de Camus. Contrairement à ce qu’on croit, cela n’ajoute nullement à mon stress. Je ne dirai pas au contraire mais outre un GRAND texte, j’y découvre au fil des pages tout ce que nous vivons depuis quelques semaines qui a commencé par le déni de voir une catastrophe…
    Le cinéma (en tant que lieu) ne manque absolument pas pour l’instant. Je crois que ça serait différent si j’étais la seule confinée et que les films continuaient à sortir en salle.
    Je ne me gave pas d’écran pour autant. Je n’allume la télé que le soir, comme « avant » et évite les émissions anxiogènes qui semblent proposer à l’infini des montages où chacun contredit ce qu’il disait il y a quelques semaines (c’est humain et je trouve ces « montages » absolument répugnants et facile).
    Pour l’instant je n’ai rien vu de grandiose. J’ai revu avant hier Captain Fantastic et j’ai été à nouveau fort impressionnée par ce film qui fait se poser bien des questions.
    Hier, je me suis régalée avec un « gentil » film très sympathique (Ce que pensent les femmes) avec un Mel Gibson craquant et gentiment féministe.
    J’ai une pile de DVD que je ne parviens pas à entamer avec notamment le Colonel Blimp à qui je dois donner une seconde chance… entre autres.
    Et puis je propose des jeux sur mon blog qui font bien plaisir à quelques uns, et à mois par conséquent.
    Bonne journée.

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  7. 2flicsamiami dit :

    Hello ! La Casa de Papel (mauvaise, très mauvaise série), La Plateforme, Otages à Entebbe, Kingdom. Que des films/séries qui me sortent de mon ordinaire.

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  8. J. R. dit :

    Dans un média numérique dirigé par un moustachu déprimé, un article que je n’ai pas lu, parce que je ne suis pas un abonné, évoque l’accélération de la numérisation du cinéma suite à ce confinement sans fin… Eh bien je suis étonné de pouvoir déjà télécharger sur canalsatellite des films comme Once upon a time Hollywood à peine sorti. Autrefois, dans l’antiquité, lorsque les films de cinéma étaient interdit à la télévision le mercredi, il fallait parfois attendre des lustres pour voir des succès édités en vidéo… E. T. il me semble au moins dix ans, mais c’était une exception.
    Aussi j’apprends que le festival de Cannes va participer à un festival mondial sur You tube…
    Tout ça pour dire que un cinéaste comme Alain Cavalier diffusera bientôt ses films directement sans distributeur, que Disney et Netflix vont devenir si puissants qu’à mon avis le média numérique du moustachu déprimé pourrait bien avoir raison…
    Cinéma… Cinéma… je vois en songe Wim Wenders venir nous annoncer un soir sur Arte, au dîner, après une entrée qui a pour garditure un quart de tomate et une feuille de salade verte, que tu es mort.

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    • Strum dit :

      Le confinement est en effet une très mauvaise affaire pour l’industrie du spectacle et en particulier le cinéma…il va accelerer des tendances deja observables en ce qui concerne la distribution des films. Mais le cinema n’est pas encore mort.

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