La Mort du cinéma de Vincent Barrot : la chambre céleste

On pourra voir à compter du 16 décembre 2020, en avant-séance dans les salles de cinéma et en Vod sur le site Brefcinema.com, le beau court-métrage d’animation La Mort du cinéma. Son réalisateur Vincent Barrot construit de ses mains des marionnettes en pâte-à-modeler reproduisant les visages célèbres du cinéma. La ressemblance est souvent saisissante : l’homme a l’oeil d’un cinéaste. Ses marionnettes jouent les personnages d’une pièce dont la scène est une salle de cinéma miniature, et dont le sujet est le cinéma lui-même. Grâce à l’ancienne, mais éprouvée, technique de la stop-motion (vingt-cinq photographies par seconde s’avérant nécessaires), les personnages, filmés de près en plans fixes, font revivre à l’écran Jean Douchet (qui introduit le film), Hitchcock, Ford ou encore Agnès Varda, que Vincent Barrot, au four et au moulin, double lui-même.

La Mort du cinéma propose une énigme. Les personnages sont assis dans leur salle de cinéma et devisent sur la mort prochaine de leur art, s’agissant du moins du cinéma argentique sur pellicule. Il s’agit d’un thème vieux comme l’invention de l’art : celui du temps qui passe, d’un changement d’époque et de paradigme. Même le cinéma, le plus résilient de tous les arts, change de nos jours, que l’on se penche sur ses centres de productions ou ses canaux de distribution. Voici que les frères Bogdanov, présence un peu incongrue que l’on peut mettre sur le compte des souvenirs télévisuels du réalisateur, se mêlent à la conversation pour suggérer une échappatoire : un certain cinéma est mort ici-bas, mais en haut, dans l’espace, il est toujours vivant. Pour échapper au sort des images de la grotte Chauvet qui appartiennent au passé, le cinéma doit se projeter dans le futur. L’E.T. de Spielberg montre par des actes que cela n’est pas une utopie et envoie la salle de cinéma dans l’espace où les attendent les présences éternelles de Renoir, Ford, Hitchcock et d’autres, sous la forme de planètes (belle idée visuelle que la planète Ford avec une fusée dans l’oeil rappelant Le Voyage dans la lune de Méliès).

Ainsi le titre du court-métrage est paradoxal : le cinéma n’est pas mort, il est éternel. Il doit devenir, selon les mots de Vincent Barrot, un « cinéma céleste ». On perçoit dans ces quelques cinq minutes la trace d’une mélancolie qui laisse entrevoir l’objectif véritable, peut-être, du réalisateur : rendre hommage aux artistes qu’il aime en conservant leur souvenir dans ce qu’il a nommé La Cinémamecque, à l’instar de Truffaut dans La Chambre verte, qui devient ici une chambre céleste. Vincent Barrot aime beaucoup Truffaut : ce ne peut être un hasard. Il n’y a pas tant de courts-métrages notables et originaux et La Mort du cinéma en est un. Souhaitons-lui que le tremplin qui envoie la salle de cinéma dans l’espace lui soit favorable et l’envoie lui-même rouler loin dans les étoiles poursuivre l’aventure de la Cinémamecque à travers la réalisation d’autres récits, pourquoi pas davantage portés par une intrigue. Il a le talent qu’il faut pour continuer ce voyage et de l’enthousiasme à revendre.

Strum

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4 commentaires pour La Mort du cinéma de Vincent Barrot : la chambre céleste

  1. princecranoir dit :

    Un programme très alléchant que celui-ci, même si son sinistre titre à de quoi effrayer le cinéfanatique de la Cinémamecque.

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  2. Ronnie dit :

    ‘Le cinéma céleste’, comme c’est bien trouvé !
    Avec l’arrivée du deepfake, les doublures numériques et le pacte avec le Diable qui ira avec on y va, les Stars décédées vont renaitre, le cinéma ne mourra pas, revers de la breloque les acteurs et actrices ont du souci à se faire…

    Aimé par 1 personne

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