Dunkerque de Christopher Nolan : le tic-tac du temps

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S’il est une chose que l’on ne peut reprocher à Christopher Nolan, c’est de ne pas avoir de suite dans les idées. Tous ses films tournent autour de la problématique du temps et de tentatives visant à le maitriser. Dans Inception, des personnages combattaient dans des strates de temps imbriqués, au sein d’un récit paraissant inspiré d’une aventure du Valérian de Christin et Mézières et filmé comme un James Bond. Dans The Dark Knight, le Joker intimait Batman de se retrouver à deux endroits à la fois, l’obligeant à choisir entre l’amour et la justice. Dans Le Prestige, le temps était temporairement vaincu par une tentative de clonage. Dans Memento, la continuité temporelle du récit était sans cesse brisée, éparpillée aux quatre vents. A chaque fois, Nolan construisait ses récits à partir de concepts narratifs fondés sur l’aporie du temps, au détriment de personnages définis d’abord par leur condition de prisonniers d’une toile d’araignée temporelle. L’émouvant Interstellar laissait entrevoir une heureuse évolution : cette fois le sujet du temps n’était plus un concept imaginé préalablement par Nolan et son frère scénariste mais dérivait de la logique même du récit. En entamant son voyage interstellaire, Cooper savait que le temps s’écoulerait plus lentement pour sa fille Murphy restée sur Terre et qu’il ne la reverrait vraisemblablement jamais. Le concept de la relativité du temps s’effaçait derrière ces deux beaux personnages d’un père et d’une fille unis par une immense tendresse et séparés par le destin. Enfin dans le cinéma de Nolan, les personnages (filmés plus longuement que de coutume) devenaient plus importants que le concept.

Dans Dunkerque, Nolan retombe hélas peu ou prou dans sa manière d’avant Interstellar. C’est un film purement conceptuel où les personnages existent à peine, silhouettes apparaissant ici et là à la faveur du déroulement d’un récit volontairement éclaté, comme ce soldat anglais sans nom qui tient pourtant le rôle principal. L’opération Dynamo de juin 1940 au cours de laquelle plus de 300.000 soldats anglais purent être évacués par bateau jusqu’en Angleterre à partir de Dunkerque a ici des allures de prétexte. Ce film décontextualisé où les 120.000 soldats français également évacués ont déserté l’écran pourrait tout aussi bien se passer ailleurs qu’à Dunkerque en juin 1940. C’est d’abord l’enjeu narratif du récit qui préoccupe Nolan et qu’on peut résumer ainsi : comment imbriquer un fil narratif d’une durée d’une semaine et deux autres d’une durée d’une journée (plus exactement un jour et une heure respectivement) en embrassant les trois éléments, la terre, l’eau, l’air. Toute la construction du film résulte de cette interrogation du cinéaste. La soit-disante aventure humaine est d’abord une aventure narrative.

Premier fil narratif et première ligne temporelle : la terre, ou plutôt la jetée de Dunkerque. Une histoire de survie dont la durée est annoncée au début du film : « one week ». Nolan filme cette partie du film comme un récit de science-fiction : des soldats anglais échoués sur une plage tentent de gagner la mer par tous les moyens ; sans trêve, ils essaient et essaient encore d’échapper à cette vaste plage cadrée en lignes horizontales qui partent à droite de l’écran pour une destination inconnue (belles images de Hoyte Van Hoytema, le directeur de la photographie du cinéaste depuis Interstellar), comme une représentation du temps. Leur histoire est une litanie d’échecs, de tentatives avortées, d’espérances muettes, glacées par les vagues qui déferlent ou brisées par les torpilles des U-boots. Chaque échec entraine un recommencement, comme un cycle sans fin, minuté par le tic-tac de la bande son de Hans Zimmer, série de boucles musicales allant crescendo. Les dialogues sont rares, presque absents, les visages défaits des highlanders se ressemblent, les soldats paraissent pris dans une boucle temporelle sans fin – cette jetée est semblable, toutes proportions gardées, à celle de Chris Marker. Au cours de leur tentative, guerre oblige, les soldats jettent par dessus bord décence et morale. On ne peut survivre qu’à ce prix sans doute, en rusant, en trichant, en se servant des français comme marche-pieds, en se perdant soi-même, en devenant un autre déterminé à sauver sa peau coûte que coûte. Sur terre où les pieds sont enlisés dans les sables, Nolan n’idéalise rien et ne simule aucun héroïsme.

A ce fil narratif terrestre et d’une durée d’une semaine, Nolan imbrique un septième jour qu’il divise entre ciel et mer. En mer, un des bateaux anglais civils envoyés à Dunkerque (en réalité, pas plus de 10% de la flotte) a largué les amarres avec à sa barre Mark Rylance en père courage ne disposant que d’une journée. Dans le ciel, des Spitfires anglais jaillissent, emmenés par Tom Hardy, le visage masqué tout le film ou presque comme dans The Dark Knight Rises – il n’a qu’une heure devant lui, à l’aune de sa jauge de carburant. Ces trois fils narratifs, qui par les éléments sollicités (air, eau, terre) forment le cercle du monde, soit le cadran de cette montre au tic-tac persistant, vont converger vers Dunkerque et s’entrelacer lors de ce septième jour selon une narration alternée qui occupe 90% de la durée du film. On s’installe à peine dans la narration du premier fil que Nolan insère soudain un bout de narration du deuxième, avant d’embarquer pour le troisième, coupant des scènes en leur milieu, dissuadant les tentatives d’identification du spectateur, freinant la progression du suspense. Dans ce film, chaque personnage éprouve une expérience du temps différente. Sans doute y a-t-il là, au-delà du concept, du jeu narratif qui préoccupe Nolan, le désir de reproduire le chaos de la guerre, quand du stade de l’observation elle devient pur instinct de survie du soldat ne comprenant rien de ce qui se passe autour de lui. Le désir aussi d’immerger le spectateur, de l’enserrer dans ce cercle temporel, cette prison de Dunkerque (quoique l’on soit moins immergé qu’attentif à cause de la narration éclatée). Serait-ce cela que Dunkerque, un récit de survie immersif, ce qui expliquerait la décontextualisation à laquelle procède le film ? La chose n’est pas si claire car si le fil narratif d’une semaine est un récit globalement sans héroïsme, les deux récits d’une journée qui s’imbriquent au premier appartiennent au domaine de l’héroïsme pur, celui qui ne recherche pas de récompense : Mark Rylance (l’héroïsme du civil) va, stoïque, jusqu’au bout de sa mission avec un mort dans sa cabinet, Tom Hardy (l’héroïsme du soldat) se sacrifie pour sauver d’autres vies.

Nous savons le fin mot de l’histoire : l’opération Dynamo a réussi et les anglais furent évacués (et avec eux nombre de ces français que le film écarte du récit). Qu’en est-il de Nolan en démiurge ayant tenté de maitriser les trois éléments et le temps du récit, son Dunkerque est-il réussi ? Comme les soldats sur la plage, il a eu recours à la ruse, faisant apparaitre le visage angoissé de Cillian Murphy d’abord dans le récit sur mer d’une journée, puis dans le récit hebdomadaire, seconde apparition qui précède en réalité la première dans la ligne temporelle globale de l’histoire, faisant parfois volontairement se confondre par le montage certaines scènes de naufrage qui n’appartiennent pas au même fil narratif comme s’il entendait recouvrir de brume les points d’intersections des trois récits. Mais si l’on admire la prouesse technologique de ces combats reconstitués, le résultat final n’est pas tout à fait à la hauteur des ambitions du cinéaste, à tout le moins en ce qui concerne le spectre humain déployé par le film. Nolan paie le prix de son désir d’expérimentations narratives, de cet entrelacement permanent, par une réserve du spectateur contraint d’observer les plans pour les rattacher au bon fil narratif et d’identifier les points d’intersection, et partant moins disponible pour s’impliquer émotionnellement dans un récit où les personnages ne sont de toute façon que des silhouettes, que des pions sur l’échiquier de la narration. Le récit est d’un rythme toujours égal, sans temps de réflexion qui aurait permis à l’émotion de prendre son élan, et le vaste et complexe canevas entre terre, ciel et mer que Nolan avait l’intention de dépeindre se réduit à la peau de chagrin d’émotions fugaces et monochrones, comme la marée ne laissant sur la plage qu’une marque fugitive pour indiquer le passage du temps.

Dommage, car lorsque les récits finissent par se rejoindre, lorsqu’enfin Nolan apparait lassé de ses fils narratifs distincts et brisés en morceaux, l’émotion et le sens qui ont fait défaut affleurent in extremis, par exemple, lors de cette lecture en gare d’un discours de Churchill, à l’occasion de ce plan de soldats marchant la nuit le long d’une voie ferrée ou devant cette image d’un pilote ayant brûlé son Spitfire et attendant sereinement, avec le sentiment du devoir accompli, que la Wehrmacht le fasse prisonnier. Trop tard.

Strum

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24 commentaires pour Dunkerque de Christopher Nolan : le tic-tac du temps

  1. 100tinelle dit :

    Je pense que c’est typiquement le genre de film où il vaut mieux mettre son cerveau en veilleuse, dans la mesure où il s’adresse avant tout à nos sens. Il s’agit d’ouvrir grand ses yeux et grand ses oreilles pour mieux profiter du spectacle, sans trop se poser de question. On est dans la sensation, pas dans l’émotion, ou alors très rarement. Et jamais dans la psychologie et finalement très peu dans l’histoire. De l’action et de la survie dans un contexte de guerre, rien de plus mais rien de moins non plus. Il me semble que Nolan a parfaitement respecté le cahier des charges, et c’est en cela que le film est pour moi une réussite, car il correspond à ce qu’il a voulu nous montrer. Bien évidemment, le spectateur est libre de s’y retrouver ou pas mais je n’avais pas espéré trouver autre chose que ce que j’ai vu, disons que je m’attendais à ce concept (car oui, je suis d’accord, ce film est conceptuel) et à partir de ce moment-là, j’ai pris l’option de l’accepter et de jouer le jeu. Sinon, je suis d’accord avec toi dans la mesure où je comprends tout à fait tes critiques. Maintenant, j’ai rarement été touchée par les films de Nolan, à l’exception de son film Interstellar (son meilleur film pour moi, de par les émotions qu’il suscite), qui m’avait cueillie. A l’inverse, son film Inception m’avait carrément agacée. Donc oui, je comprends tes arguments, mais j’ai apprécié Dunkerque tel qu’il est, y compris avec les limites du concept mais je trouve qu’il n’en reste pas moins bien fichu dans ce qu’il se propose à nous offrir.

    • Strum dit :

      Mettre son cerveau en veilleuse, je ne pense pas que ce soit ce que souhaite Nolan. C’est un cinéaste conceptuel qui construit tous ses films à partir de concepts tournant autour de la relativité du temps. C’est à la fois ce qui le rend occasionnellement intéressant mais aussi ce qui pour moi limite l’impact émotionnel de ses films où les personnages sont réduits à la portion congrue. Comme toi (mais cela ne m’étonne pas), c’est Interstellar que je préfère et de loin, car il y dépasse enfin le concept pour regarder pleinement ses personnages. Dunkerque me parait être un peu un retour en arrière. Et vu la construction très particulière de ce film qui demande aux spectateurs d’essayer de trouver les points de connection entre les fils narratifs j’ai été incapable de mettre comme toi « mon cerveau en veilleuse » pour profiter du spectacle. Et puis, comme aucune scène du film n’est menée à son terme sans coupure pour passer au fil narratif suivant, le spectacle est toujours tronqué à un moment ou un autre et je n’ai donc pas en profiter autant que je l’aurais voulu.

      • 100tinelle dit :

        Je ne dis pas que Nolan voulait que je mette mon cerveau en veilleuse mais je n’ai pas ressenti le besoin de le mettre à contribution pour profiter du film. Pour moi, c’est essentiellement un film à sensation, cette histoire de relativité du temps, cher au réalisateur, ben j’avoue que je ne m’en suis pas du tout préoccupée pendant ma vision du film. Je n’ai pas eu non plus l’impression qu’il regardait ses personnages, mais qu’il était à leur côté, à l’état brut, dans la confusion, la peur et la menace. Sinon, je le redis, je comprends tout à fait tes arguments, mais j’ai vécu le film d’une manière très différente.

        • Strum dit :

          Je comprends tout à fait. D’ailleurs, l’expérience ne fut pas pour moi entièrement négative, il y a des choses que j’ai aimées, de belles images (Hoyte Van Hoytema son nouveau directeur de la photographie depuis Interstellar a du talent). Mais j’aurais préféré que Nolan laisse pour une fois de côté son obsession de la relativité du temps, développe un peu ses personnages et raconte les choses plus simplement sans les excès d’imbrication des fils narratifs qu’on trouve quand même dans le film. Il en avait les moyens. En l’état, je crains que le film ne s’efface rapidement de ma mémoire.

          • 100tinelle dit :

            Le fait qu’il ne mette pas de côté son obsession de la relativité du temps fait qu’il reste à mes yeux un auteur à part entière 🙂

            • Strum dit :

              On peut le voir comme cela, même si cela ne suffit pas pour en faire à mes yeux un grand cinéaste. 🙂 Mais depuis Interstellar qui m’a surpris en bien, j’admets que c’est un réalisateur à suivre (en tout cas je vois ses films).

              • 100tinelle dit :

                Je t’avoue que je ne suis pas spécialement fan à la base non plus. Mais curieuse de ce qu’il propose, oui, et très agréablement surprise par Interstellar, donc à suivre, très certainement ! Il est encore jeune pour un réalisateur, je crois que son meilleur film est encore à venir, j’ai confiance en tout cas.

    • tinalakiller dit :

      Je partage entièrement ton avis Sentinelle, j’aurais pu écrire le même commentaire !

  2. princecranoir dit :

    « La soit-disante aventure humaine est d’abord une aventure narrative. » mais c’est exactement ça ! Et j’aime beaucoup ton paragraphe sur la mécanique temporelle à l’œuvre qui donne à mon avis très envie de voir le film (alors même que je l’ai vu 🙂 ). L’émotion dans le film ne peut venir qu’une fois le danger laissé derrière, une fois le chrono arrêté, une fois que les hélices du Spitfire ont cessé de tourner. Avant, on ne fait pas dans le sentiment, « survive is not fair » dit un des gars du groupe pris dans la marée qui les rejette inlassablement sur la plage dunkerquoise. Le temps maritime (les cadavres rendus à heure fixe par la mer) est aussi une composante intéressante. Honnêtement, pouvait-on attendre d’un film de guerre une approche aussi originale ? Personnellement, je suis impressionné.

    • Strum dit :

      Et bien si je t’ai donné envie de revoir le film, j’en suis ravi, merci. 🙂 D’accord « survival is not fair » et l’émotion vient après le danger. Et effectivement, on ne peut que saluer l’ambition de Nolan. Le problème, c’est que ce qui est excitant et original sur le papier (d’ailleurs, sur le papier, j’ai toujours envie de voir ses films), ne fonctionne pas si bien à l’écran à mon avis. En tout cas, sur moi. A part dans Interstellar, j’ai l’impression d’un cinéma un peu mécanique qui s’adresse d’abord à mon intellect, (car je vois qu’il y a un concept qui sous-tend le film et du coup j’essaie de le comprendre), et qui prime même sur les sensations, ce qui est un comble pour un film de guerre.

  3. princecranoir dit :

    ps : j’ignorais que Valérian était une source d’Inception (qui emprunte aussi beaucoup à « Paprika » de Satoshi Kon). Je n’ose croire que Luc Besson aura fait mieux… 😉

    • Strum dit :

      Inception m’a fait penser à un album de Valérian qui s’appelle Sur les Terres truquées, mais il est probable qu’il s’agisse d’une inspiration indirecte (pas sûr que Nolan en ait eu conscience) et c’est sûrement davantage Paprika qui est une inspiration directe. C’était histoire de parler de Valérian que j’aime bien (la BD). Ce que j’aime bien dans les aventures de Valérian, ce sont les idées qui sous-tendent les albums et qui sont toujours originales. Pas sûr que ce soit ce que Besson a retenu malheureusement. 😉

  4. ornelune dit :

    Je suis content de lire ton analyse et content aussi de lire que tu t’attaques à la réflexion de la déconstruction temporelle qui a souvent été écartée dans les critiques lues, bien souvent au profit de la seule dimension immersive. Je suis d’ailleurs princecranoir sur ta formulation concernant la complexité temporelle. Et quels que soient nos ressentis finalement assez différents sur ce film, on peut rester admiratif devant le savoir-faire de Nolan pour se distinguer dans le genre et se placer aux côtés de réalisateurs qui ont su faire des films forts (je ne dis pas poignant) et inédits dans leur forme.

    • Strum dit :

      Merci Benjamin. C’est vrai, les critiques parlent beaucoup d’immersion, de survie, mais ce n’est pas la chose qui m’a frappé dans le film (il y a beaucoup de films où on est plus « immergé » qu’ici), c’est vraiment cette construction particulière autour de la relativité du temps, maintenant typique du cinéaste. On verra d’ailleurs ce qu’il va nous concocter par la suite.

      • ornelune dit :

        Exactement ! Et c’est en sachant de qui était le film que j’allais voir, que j’ai dès le début refuser d’y voir un simple film de guerre, d’autant que le sujet n’est pas aussi original qu’on l’a dit car s’il reste méconnu pour les Français, il est étudié en classe au Royaume Uni.

        • Strum dit :

          Et encore, l’opération Dynamo à Dunkerque n’est pas si méconnue en France que cela. Mais de toute façon, comme je le disais, le contexte du film est très peu évoqué ; il pourrait pratiquement se passer ailleurs qu’à Dunkerque en juin 1940.

  5. Andika dit :

    Je pense exactement la même chose que toi de ce film mais tu l’as dit admirablement mieux que moi. J’apprécie beaucoup ton blog !

    • Strum dit :

      Merci Andika, c’est sympa. J’ai été lire ta critique et tu utilises surtout un ton plus polémique que moi. 🙂

      • Andika dit :

        Oui, j’étais tellement circonspect. Mes attentes étaient tellement hautes après interstellar. Donc j’entends bien les qualités de ce film mais c’était beaucoup trop expérimental pour moi.

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