Bilan de l’année 2017

Voici, avec les réserves d’usage pour ce genre de classement éphémère et souvent arbitraire, mes films préférés de l’année cinématographique 2017 (lien vers les critiques dans les titres) :

  1. The Lost City of Z de James Gray
  2. Certain Women de Kelly Reichardt
  3. L’autre côté de l’espoir de Aki Kaurismäki
  4. Split de M. Night Shyamalan
  5. Gabriel et la montagne de Fellipe Barbosa
  6. Le Caire Confidentiel de Tarik Saleh
  7. La Villa de Robert Guédiguian
  8. Neruda de Pablo Larrain
  9. Le Jour d’après de Hong Sang-soo
  10. La La Land de Damien Chazelle et Faute d’Amour de Andreï Zviaguintsev

Accessit : Les fantômes d’Ismaël de Desplechin (version longue uniquement, qui est très supérieure à la courte).

Je n’ai pu voir ni Visages, villages d’Agnès Varda, ni Good Time des frères Safdie, ni A Ghost Story de David Lowery, entre autres films. Et j’aurais bien aimé voir aussi Une Vie violente, Makala et Braguino. Trop de films manqués, faute de temps.

Voilà qui nous fait un cru cinématographique honorable, riche de films intéressants mais exempt de grandes oeuvres pour autant que je puisse en juger. D’ailleurs, j’ai l’impression d’aimer le film au sommet de cette liste moins pour sa beauté classique que pour la nostalgie de la beauté classique qu’il déploie et dont il est un reflet. Plusieurs autres films énumérés ci-dessus recèlent cette qualité nostalgique, miroir tourné vers le passé ou mélancolie du jour d’après. Reste que la mise en scène, et ce qu’elle révèle, est toujours le juge de paix de ces choix. A cette aune, je suis resté rétif aux films sursignifiants (au sens d’un surlignement de sens) et aux films de festival façon The Square. Et le plaisir du spectacle pris devant certains films spectaculaires s’est progressivement estompé.

Sous d’autres aspects, cette année annonce bien des bouleversements à venir dans l’industrie cinématographique. Le mode de distribution historique du cinéma est contesté par les nouveaux venus Netflix et Amazon qui ont l’ambition d’imposer des modes de distribution alternatifs, en attirant à eux certains auteurs négligés par Hollywood à l’heure des blockbusters franchisés – Okja de Bong Joon-ho augurant cette tendance. Les grands studios s’y préparent déjà et la prise de contrôle de la 20th Century Fox par l’ogre Disney avait autant pour but d’acquérir des contenus que de s’emparer des circuits de distribution du studio.

Cet enjeu de la distribution des films est tel qu’il a déjà un impact sur la définition même du cinéma : Netflix, producteur de séries, est désormais aussi un studio de cinéma, de même qu’Amazon. Et la frontière entre film et série est devenue si friable que certains font du Twin Peaks Saison 3 de David Lynch le meilleur film de l’année contre cette logique qui voudrait qu’un film soit une totalité visible en une fois, reflet du monde en meme temps qu’autre monde à lui seul. Un reflet qui vaut parfois mieux que le monde réel, comme l’ont montré cette année encore, pour s’en tenir à l’industrie du cinéma, l’affaire Weinstein et les révélations qui se sont succédé dans son sillage. Quoiqu’il en soit, cette propension à accepter si facilement d’autres définitions du cinéma, en y faisant entrer l’esprit et la structure des séries, laisse penser que nombre de spectateurs seront prêts à accepter tout aussi facilement à l’avenir l’évolution de la nature même d’un film que ne manquera pas d’entraîner la modification de ses infastructures (mode et lieu de diffusion, financement des films, fusion cinéma-série, réalité virtuelle). Je réfrène le flux de cette digression avant qu’elle ne dévie tout à fait l’objet de ce billet. Que 2018 soit propice au cinéma !

Strum

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26 commentaires pour Bilan de l’année 2017

  1. J.R. dit :

    Bonjour Strum,
    Avez-vous par ailleurs publié une liste de vos films préférés… même si j’ai des réserves sur les listes, lorsqu’elle sont individuelles elles sont quand même significatives des goûts de chacun.

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    • Strum dit :

      Bonjour J.R., non je ne l’ai pas fait ici. Je l’avais fait dans le temps sur DVDClassik, mais c’est vrai que je pourrais en publier une ici en la mettant à jour. Je vais y penser, merci !

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  2. Martin dit :

    Une belle liste. Je m’y reconnais partiellement. Nous en reparlerons.
    Quelques petits regrets personnels d’avoir loupé le Kaurismäki et le Zviaguintsev.

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  3. kawaikenji dit :

    Déçu par le Kelly Reichardt… déception certainement à la hauteur de mon attente de chaque film de cette immense réalisatrice… Même Michelle Williams a un coup de moins bien… Et content de voir que l’horrible Desplechin n’entre pas dans ton top 10 😉

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    • Strum dit :

      Le Reichardt, fort bien mis en scène, m’a en tout cas donné envie de voir ses autres films. Desplechin en dehors du top 10 en effet. Malgré ma fidélité aux cinéastes que j’apprécie, son dernier film est un peu déséquilibré en dépits de beaux moments. Mais je reste persuadé que l’exploitation d’une version courte (à cause de Cannes a priori) lui a porté préjudice.

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  4. dasola dit :

    Bonjour Strum, dans mon top, j’ai failli mettre Neruda et Certain women mais j’ai fait mon choix. Il y a pas mal de films que j’ai bien appréciés cette année. En revanche, je n’ai pas vu les films de James Gray ou M. Night Shyamalan: pas tentée. Bonne après-midi.

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  5. Ronnie dit :

    Le Caire Confidentiel, ouuuiiiiiii.
    A l’exception de la cité of Z comme ……. zéro ou presque, rien vu de ton top10 🙂
    Peux tu m’indiquer une adresse mail ou te contacter ( besoin de tes lumières ), la mienne vinogriego@gmail.com.
    ++

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  6. Strum dit :

    Très bonne surprise que Le Caire confidentiel en effet. The « Lost City of Zero », tu y vas fort ! 😀 Ok, je t’écris à cette adresse.

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  7. K. dit :

    Je tends davantage à voir la saison 3 de Twin Peaks comme un film dans le sens où c’est vraiment un « monde à lui seul » pour reprendre tes termes : on sent l’empreinte de Lynch de bout en bout (pour le meilleur et pour le pire), ce qui n’était clairement pas le cas je trouve pour les 2 premières saisons (que j’ai revues dans la foulée par curiosité) où le style de Lynch était souvent dilué (même dans les acclamées saison 1 et première moitié de saison 2, où l’écart esthétique est très visible lorsque Lynch n’était pas à la réalisation) voire disparaissait complètement (en particulier dans la si mauvaise seconde moitié de la saison 2).
    Pour l’anecdote, Lynch avait dit qu’il avait mis près de 4 ans à écrire cette saison 3, qu’il a fait seul avec son compère Mark Frost et ce travail de parfaite cohérence digne d’un film est bien visible à l’écran dans cette « saison 3 », dont Lynch refuse justement l’appellation, insistant sur le fait que cette « saison » était à ses yeux un « film en 18 parties ».

    J’ai toutefois des réserves sur cette saison 3 et il n’est pas impossible que je l’apprécie bien moins à la revoyure. Beaucoup ont pointé à juste titre les nombreuses faiblesses et lenteurs de cette saison, mais dans mon cas cela ne m’avait pas beaucoup perturbé (ce qu sera peut-être le cas à la revoyure), au vu des qualités et des moments exceptionnels que cette saison offre par ailleurs.
    Je suis par contre tout à fait d’accord avec ton top 1 (The Lost City of Z), c’est je crois le seul film sorti cette année que j’ai vu, avec Le Jour d’après (pour lequel tu connais mes réserves).

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    • Strum dit :

      Hello K. Oui, j’entends bien les arguments pour dire que la saison 3 de Twin Peaks (que je n’ai pas vu) est un film et beaucoup de gens partagent ton avis et tes arguments, en s’appuyant effectivement sur les dires de Lynch et les conditions de production. Me concernant, ma position est simple même si je comprendrais qu’on la trouve trop rigide : c’est une série tout simplement car c’est divisé en 18 parties, sans compter la diffusion télévisuelle. Si l’on entre dans ce genre d’extension de la définition du film en faisant une exception pour Lynch, je ne vois plus bien quelles sont les limites de la définition du film, limites auxquelles je tiens. Un film, c’est un temps scellé, comme disait Tarkovski, pas 18 expériences différentes à 18 moments dans le temps.

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      • Bonjour Strum, Bonjour K.,
        Je fais partie de ceux qui ont placé Twin Peaks: The Return tout en haut de mon top annuel. C’est en effet une série et j’ai beaucoup hésité à faire un top dédié aux séries et donc un autre aux films vus en salle. C’est une option que je n’écarte pas pour mon top 2018.
        Donc Twin Peaks: The Return est bien une série et c’est son principal défaut. J’abonde dans le sens de K., c’est bien plus un film (car il est pensé et structuré comme tel) qu’une série. Un très long-métrage d’environ 17 heures. Si Twin Peaks avait fait l’objet d’une distribution en salle, cela aurait été en plusieurs parties donc une entreprise vouée à l’échec. A mon sens, il faut voir cette « série » par bloc de 4 épisodes et on termine par les épisodes 17 et 18 qui proposent deux fins alternatives.
        J’attends patiemment la sortie (encore reportée en France) des Blu-ray pour revoir tranquillement cette œuvre d’anthologie qui enterre bon nombre de productions. Film-jalon pour moi.

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        • Strum dit :

          Bonjour InCiné. Si je comprends bien, selon toi, c’est une série et un film à la fois. Je propose donc une catégorie intermédiaire que l’on pourrait appeler ainsi : un film-sérié. 🙂 Blague à part, je suis sûr que c’est très bien, mais 17h, c’est trop long pour moi, même pour une série qui voudrait être un film.

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          • princecranoir dit :

            Je m’inscrit pleinement dans la ligne de K et InCiné : Twin Peaks 3 n’est pas un film tout comme le tableau de Magritte n’est pas une pipe. Et si c’est une série, c’en est une à nulle autre pareille ! et ce quoiqu’on en pense à la fin.
            Par ailleurs, je te suis sur le choix des élus de l’année, en tous cas ceux qu’il m’a été donné de voir. J’enrage déjà de n’avoir pas su (pu) me dégager du temps pour le nouveau film de Kelly Reichardt, réalisatrice dont j’ai aimé tous les films jusqu’ici, et qui visiblement se montre encore suffisamment séduisante pour apparaître si bien placée dans ton top. Heureux aussi de voir le mélodieux et populaire Chazelle trouver une petite place dans ce palmarès plutôt exigeant.

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            • Strum dit :

              Une série à nulle autre pareille, ça je veux bien (quoique n’ayant pas vu cette saison 3, mais de très nombreux épisodes des saisons d’avant), et vous me donnez en tout cas tous les trois la preuve, si besoin était, que beaucoup de personnes la considèrent davantage comme un film que comme une série. Heureux que tu t’y retrouves concernant mes choix. Je ne pensais pas que le Reichardt serait si haut mais il m’a plus marqué que je ne le pensais au départ, preuve d’une vision de cinéaste et d’images qui restent.

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  8. Ronnie dit :

    Vu hier soir ‘Lucky’ !!!
    Pitin, la surprise, quasi mon coup de coeur 2017, magnifique porte de sortie pour Dean Stanton.

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  9. tinalakiller dit :

    Très joli top (et décidément, ce Lost City of Z a plu à beaucoup de monde, j’en suis ravie !).

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  10. Beruthiel dit :

    Bonsoir Strum, The Lost City of Z est aussi mon film préféré pour cette année ! Désormais, je ne vais plus pouvoir aller au cinéma autant que je le voudrais, mais je continuerai à te suivre avec plaisir…

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  11. Pascale dit :

    Excepté le patapouf Split malgré son split final, euh twist final, j’applaudis à ce beau bilan.
    Les nuances de Ronnie me font toujours bien rire. Lost city of Z ;-)))

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  12. Félix dit :

    Très chouette bilan Strum ! On se rejoint sur bien des points. Et j’en profite pour te féliciter pour ton blog, vraiment cool et toujours agréable à lire. Je l’ai ajouté à notre colonne de droite sur Il a osé !, ce qui était une anomalie enfin réparée !

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